Attaque et défense des places dans l'Antiquité

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Attaque et défense des places dans l'Antiquité

Message par MJR le Mer 12 Fév 2014 - 19:26

Introduction

Jusqu’à quelle époque remonte les techniques des mines et contre-mines utilisées dans le cadre de l’attaque et de la défense des places fortes ? A partir de quelle époque on a utilisé les « tortues » pour s’approcher des enceintes et des béliers ou mines pour les percer ?

Malgré les quelques scènes représentant ce style d’attaque et de défense des places représentées sur des bas-reliefs et divers supports que l’on a retrouvé lors des fouilles sur les sites de ces anciennes cités, il faudra attendre les premiers écrits, en règle générale des auteurs grecs ou les premiers témoignages rapportés dans les écritures saintes pour se faire une idée plus précise sur la question. Néanmoins, les différents auteurs nous révèlent que les difficultés de traduction du grec ancien et les confusions entre différents personnages de l’époque portant le même nom mais qui ont vécus à des périodes différentes, apportent encore plus de confusion pour dater précisément ces récits. Par ailleurs, en fonction des découvertes archéologiques et des nouvelles interprétations de ces écrits, les connaissances évoluent en permanence.

A la lecture de ces extraits vous constaterez que les règles de la guerre à l’époque ne répondaient pas au standard occidentaux où l’on essayait d’épargner dans la mesure du possible les populations civiles ; à cette époque on ne bat pas la chamade pour signifier à l’assiégeant que la place se rend ; tous les coups, toutes les ruses sont permises ; on massacre les soldats et la population. De plus, on utilise ce que l’on pourrait appeler les armes biologiques et chimiques : projection de récipients contenant des serpents, on enduit les pieux avec des poisons et l’on utilise divers matériaux qui produisent des fumées nocives lorsqu’ils se consument.

Aussi je vous propose divers textes anciens repris généralement dans le cadre des cours de formation des ingénieurs militaires, qui nous apportent quelques éléments sur ce sujet.

MJR

Voici le premier ouvrage dont je vous offre quelques extraits :

Source :

Philon de Byzance : Traité de fortification d’attaque et de défense des places ; Traduit pour la première fois du grec en français commenté et accompagné de fragments tirés des ingénieurs et historiens grecs par Albert de Rochas d’Aiglun, capitaine du Génie ; 1872.

Extrait de ce document (je n’ai pas repris dans ces extraits les termes en grec).

Traité de fortification d’attaque et de défense des places par Philon de Byzance précédé d’une notice sur Philon et d’une table analytique des matières.

Notice biographique

On attribue à Philon de Byzance deux traités relatifs, l’un à la construction des machines de projection, l’autre à la fortification et à la guerre de siège.

Dans le premier, l’auteur nous donne quelques détails sur sa vie ; il nous apprend que ce fut à Rhodes qu’il étudia l’architecture sous d’habiles maîtres et qu’il alla ensuite se perfectionner dans la mécanique à Alexandrie (Veteres Mathematici, p. 51, ligne 17). D’après son propre témoignage, le traité d’artillerie formait le quatrième livre d’un grand ouvrage intitulé (Mot grec), dont il ne nous est resté que quelques fragments. Le premier livre, qu’il appelle livre d’introduction, paraît avoir été un traité de mathématiques pures (V.M., p.52, l.1, 10 et suiv. Pappus d’Alexandrie, mathématicien, qui a rassemblé dans ses livres plusieurs découvertes éparses dans les ouvrages de ses devanciers, y fait allusion en plusieurs passages). Le troisième avait trait à la construction des ports (V.M., p. 49, l. 1). Philon ajoute (V.M., p. 77, l. 17) qu’après avoir parlé d’artillerie, il traite de la pneumatique, et il a réellement composé ce traité, car Héron, disciple de Ctésibius, en parle (V.M., p. 263, l. 9 et passim) ; Fabricius s’est trompé en l’attribuant à Philon de Thyane, mathématicien du IIe siècle après notre ère, connu par des citations de Pappus (Biblioth. Graeca, lib. VIII).

Philon avait même fabriqué une machine automatique, destinée à mettre en scène la fable de Nauplius ; mais, suivant le même Héron, cette machine n’avait pas réussi. Dans son cinquième livre (ch. IV, § 65), il renvoie à un traité qu’il a l’intention de composer sur les messages secrets, et (ch. IV, § 72) à un autre déjà paru sur les préparatifs de guerre. Tels sont, avec une phrase de Vitruve, qui cite notre auteur  au nombre de ceux qui ont écrit sur les machines, les seuls renseignements que l’antiquité nous ait légués à son égard (Préface du livre VII. La bibliothèque Bodleienne renferme un manuscrit arabe (Codex CMLIV) dont le titre peut se traduire ainsi : « Ce qu’héron a tiré des livres des grecs Philon et Archimède sur la traction des fardeaux, les machines qui lancent les projectiles, les moyens pour faire monter l’eau, la recueillir et autres choses semblables ». Il est reconnu aujourd’hui que c’est à tort qu’on attribuait à Philon de Byzance l’opuscule sur les Sept merveilles du monde, qui, en réalité, est dû à Herennius Philon, historien du IIe siècle de notre ère) ; ils suffisent pour déterminer l’époque où il vécut.

En effet, suivant le témoignage d’Aristoclès, cité par le grammairien Athénée (Banquet des Sophistes, IV, 22, § 75), Ctésibius était contemporain de Ptolémée Evergète II, connu aussi sous le nom de Ptolémée VII dit Physcon, qui régna de l’an 146 à l’an 117 avant notre ère.

Traité de Philon

La fortification

Philon à Ariston, salut.

1. Le premier soin de ceux qui ont à construire des tours doit être de creuser jusqu’au roc, ou bien jusqu’à l’eau, ou à une couche quelconque du sol, et alors de consolider fortement ce lieu de manière à y établir le mieux possible des fondations avec du gypse (Les anciens, qui ne pouvaient distinguer les corps que par leurs caractères physiques, confondaient sous le nom générique de gypse trois substances différentes : 1° le sulfate de chaux ou plâtre ordinaire ; 2° certains ciments naturels comme le plâtre-ciment de Boulogne ; 3° une terre marneuse qu’on appelait gypse de Tymphée et qui jouissait de la propriété de former directement avec l’eau un composé durcissant à l’air. On trouve dans la carrière de Clipton (comté de Northampton, Angleterre) une substance de cette espèce connue sous le nom de calae nativa. D’après ce que m’a dit M. de Voize, ancien consul général d’Orient, il en existerait aussi à Santorin. – Voir à ce sujet : Théoplaste (Traité des pierres) ; Pline (H.N., liv. XXXVI, chap. 59. Pline ne spécifie pas la variété de gypse qu’il faut employer, mais on sait que certains sulfates de chaux résistent parfaitement aux intempéries. A Paris, les maçons se servent de plâtre au lieu de mortier, et l’on voit des murs de façade, bâtis de cette manière, porter six ou sept rangs de planchers et des combles au-dessus sans avoir plus de 0,50 m d’épaisseur. A Digne, on emploie le plâtre ferrugineux du pays pour faire les montants des portes et des fenêtres, en guise de pierre de taille. Le gypse de Grèce était au moins aussi bon. On s’en sert, dit Théophraste, dans les bâtiments pour faire des enduits, et on l’applique sur les endroits particuliers qu’on veut fortifier. Ce ciment est très fort, et souvent tient bon même après que les murailles sur lesquelles on l’a appliqué se sont fendues, et que le mortier avec lequel on a joint les pierres se trouve réduit en poussières ». Thucydide rapporte que les pierres de taille des murs du Pirée étaient cimentées avec du gypse ; il en était de même, suivant Diodore de Sicile (liv. II), des briques qui formaient les voûtes des jardins suspendues de Babylone. On se sert souvent encore aujourd’hui, en Orient, du plâtre en guise de mortier, et cette préférence est due évidemment à l’influence délétère qu’exercent les climats secs et chauds sur le durcissement des composés qui, dans nos pays, présentent une si merveilleuse dureté, n’ont presque laissé aucune trace sur les bords du Nil.) ; Note sur le ciment de Boulogne, dans le 2° volume du Mémorial de l’officier du Génie), afin que, d’un côté, les murs ne puissent être brisés par suite de la rupture de leurs fondations et que, d’un autre, les remparts ne puissent être minés par-dessous (Le mineur assiégeant cherchait à pénétrer dans la ville assiégée soit en passant en galerie par-dessous le rempart, soit en faisant écrouler le mur au moyen d’une chambre creusée sous les fondements. L’assiégé prévenait la première de ces attaques en faisant aller son rempart jusqu’à l’eau ou au roc, et la seconde en cimentant fortement la fondation, de telle façon que la partie du mur suspendue sur le vide se soutînt par sa cohésion avec les parties voisines).

2. En second lieu, il faut construire les tours suivants la nature des lieux. Les unes seront, non pas complètement rondes, mais arrondies seulement à l’extérieur et présenteront à l’intérieur une face plane, comme un cylindre coupé en deux par [un plan perpendiculaire à] sa base (Cette disposition est à la fois économique et conforme à l’un des grands principes de la fortification, qui consiste à procurer la plus grande mobilité possible à la défense. Il faut, en effet, que la tour forme saillie à l’extérieur pour le flanquement, mais elle doit s’aligner à l’intérieur sur la rue du rempart pour ne point gêner inutilement la circulation. – La figure ci-contre, qui représente le plan d’une des tours de l’enceinte romaine de Strasbourg, répond à la description de Philon : A et B sont deux murs en maçonnerie qui contiennent entre eux une couche de terre C ; le mur B est interrompue au droit de la tour, de façon à ne permettre le passage que sur un pont volant en planche).

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Les autres seront hexagonales, pentagonales ou tétragonales ; on les construira de manière à présenter un saillant à l’ennemi, afin que, d’un côté, elles se secourent les unes les autres au moyen de traits envoyés des flancs contre les tours de charpente (le mot terme grec a, chez Philon, un sens tout spécial ; il signifie une tour en charpente élevée pour les opérations du siège, soit par la défense, soit par l’attaque) amenées pour l’attaque, et afin que, d’un autre côté, elles ne souffrent point quand elles seront frappées par les béliers et les pétroboles. En effet, les coups qui arrivent sur les faces produisent beaucoup d’effet, tandis que ceux qui viennent se briser contre l’angle saillant perdent presque toute leur force.

3. Il convient de construire les tours rondes et les tours tétragonales comme on le fait aujourd’hui (D’après Egger, le texte présente ici une lacune : la régularité de la construction appelle, en effet, après le mot (mot grec), une désignation de lieu qui fasse opposition au (mot grec) du paragraphe suivant. Il est en outre probable que Philon, après avoir indiqué l’emplacement des tours rondes et des tours carrées, parle de celui des tours pentagonales et passe enfin aux tours carrées, parle de celui des tours pentagonales et passe enfin aux tours hexagonales. Je suppose donc que le texte primitif contenait une phrase présentant le sens suivant : « On bâtira les tours circulaires et tétragonales, comme ont le fait aujourd’hui dans les parties les moins accessibles de l’enceinte et aux angles saillants ; quant aux tours hexagonales, on les mettra auprès des portes ». Pour les tours carrées, il est en effet difficile de concevoir comment, en présentant un saillant à l’ennemi, elles pourraient être placées ailleurs qu’aux points où l’enceinte forme des angles voisins de 90° : dans les parties à peu près en ligne droite, les flancs auraient sur la courtine des inclinaisons inadmissibles). Pour celles qui sont auprès des portes de la ville (mot grec), il faut les faire hexagonales, afin que les angles soient plus résistants et ne soient point endommagés par les projectiles, que les traits envoyés de tous côtés vers les sorties ne viennent point battre les portes et rendre les passages difficiles, et enfin pour que le champ de tir s’étende dans toutes les directions.

(L’Anonyme de Byzance explique (ch. XII, § 32) ce que l’on doit entendre par tours hexagonales : ce sont des tours dont la base est un hexagone régulier, où l’un des angles est tourné vers l’ennemi et où les deux côtés qui forment l’angle opposé sont remplacés par une droite unique. On voit que ce ne sont en sommes que des tours pentagonales où deux des angles sont droits et les trois autres de 120°. La figure ci-contre mont suffisamment comment elles présentent sur les tours pentagonales régulières les avantages décrits par Philon. Dans ces dernières, les angles exposés à l’ennemi sont plus aigus et par suite moins résistants ; les flancs qui s’inclinent sur la courtine donnent aux traits qui ricochent une direction qui leur permet d’enfiler la porte, et ils n’ont aucune vue sur l’extérieur. Cette distinction peut apparaître subtile, mais on sait combien l’esprit des Grecs était géométrique et spéculatif).

V. M., p. 80

4. Si tu bâtis des tours en briques, il faut les faire tétragonales en rendant l’angle saillant légèrement aigu. Les côtés seront raccordés à la gorge par un arc de cercle, de façon à adapter leur base à l’extrémité des courtines (2) (phrase grecque. Le texte correspond aux paragraphes 4, 5, 6 et 7 est évidemment altéré : je suppose qu’il y a eu interversion entre le §§ 5 et 6. Ce dernier se trouve dans le texte après le § 4 : un copiste négligent l’aura d’abord sauté ; un collationneur l’aura écrit en marge, et un second copiste sera venu ensuite qui l’aura rétabli dans le texte, mais pas tout à fait à sa place. Les §§ 4 et 5, mis à la suite l’un de l’autre, quoique n’étant pas très clairs, me semblent indiquer une disposition analogue à celle qui est figurée ci-dessus ; il y en avait d’à peu près semblables au moyen âge (Prévost, Etudes historiques, p. 69). Le (mot grec), que la plupart des écrivains militaires confondent avec le (mot grec), paraît avoir dans Philon une signification différente et indiquer la gorge de la tour. (Cf. chap. 1, § 32). Peut-être faut-il lire seulement ici (mot grec). M. le lieutenant-colonel Prévost voit, dans les arcs de cercle dont parle le texte, l’indication d’orillons, et il interprète ainsi ce passage : « Une tour de briques, en forme de quadrilatère, doit avoir son angle aigu tourné vers la campagne, et ses côtés raccordés avec la courtine par des portions demi-circulaires… Ces arrondissements combinés avec des brisures de courtines servent à créer des passages de deux coudées de longueur aboutissant à des poternes cachées aux vues du dehors et par lesquelles les blessés peuvent rentrer dans la place ». Je ne partage pas ces manières de voir, et je pense, avec M. de Villenoisy, que la disposition en arc de cercle n’est qu’une affaire d’appareillage. Les constructeurs savent bien, en effet, que les joints obliques présentent avec les briques des difficultés particulières que ce raccord semi-circulaire a pour but d’éviter. Quant au § 7, il se rapporte sans doute aux passages qui reliaient les tours avec les courtines : l’auteur recommande de les faire assez larges pour permettre de transporter facilement les blessés, mais pas trop cependant, parce qu’une grande porte résiste bien moins facilement qu’une petite au choc des projectiles).

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5. Quant à ces courtines, elles s’infléchissent avec les murs de flanc qui aboutissent à la gorge des tours (1) (Phrase en grec).

6. Pour qu’elles ne puissent être ébranlées par aucune espèce de coup, il faut que les dernières pierres soient reliées entre elles avec du plomb, du fer (2) (Des crampons de fer scellés avec du plomb), du fer ou du gypse, de telle façon que les coups de pétroboles puissent glisser sans entamer les créneaux.

7. Ils (les passages) doivent avoir une largeur de deux coudées (0,92 m), afin, d’un côté, que l’on puisse facilement emmener les blessés, et que, d’un autre, les coups qui pourraient arriver dans les passages (mot grec) aient de la peine à briser les poternes (mot grec).

8. Que le rempart soit à une distance de soixante coudées (27,60 m) des maisons de la ville, pour qu’on puisse facilement faire circuler les projectiles, envoyer des secours le long de l’enceinte, et creuser, si cela devient nécessaire, un retranchement (mot grec) suffisant (1) (Cette largeur est énorme en comparaison de celle que l’on admet aujourd’hui : la loi du 10 juillet 1791 a, en effet, fixé la largeur de la rue du rempart à 4 toises (7,84 m). Cette différence provient de ce que, dans les temps modernes, les courtines étant protégées par la saillie des demi-lunes et des bastions, l’attaque a lieu sur les faces ou les flancs des bastions, et le retranchement intérieur se fait à la gorge de ces ouvrages. Autrefois, au contraire, on faisait brèche aux courtines trop peu protégées par les tours, et il fallait alors se ménager en arrière un vaste espace pour y élever le retranchement qu’indique Philon. C’est cet espace que les Romains avaient consacrés aux dieux et qui, conjointement avec une zone extérieure au rempart où l’on ne pouvait ni cultiver ni bâtir, portait le nom de Pomaerium).

9. On doit donner aux murs au moins dix coudées (4,60 m) d’épaisseur (2) (Cette épaisseur est sans doute celle que l’expérience avait démontrée suffisante pour résister aux pétroboles d’un talent, tirant à la distance en deçà de laquelle l’ennemi ne pouvait, dans les systèmes de fortification de Philon, établir des batteries de brèche, à moins de tenter le comblement des fossés (Cf. chap. I, §§ 42-45).

10. Il faut les construire avec des pierres de taille posées sur du gypse : pour les parties les plus exposées des courtines, on emploiera des pierres plus dures, et, si l’on n’en a pas, on emploiera des pierres avec bossages (3) (Voir, pour l’utilité des bossages, chap. I, § 22) ; de la sorte on diminuera autant que possible l’effet des pétroboles.

11. On leur donnera au moins vingt coudées (9,20 m) de hauteur, pour les mettre à l’abri de l’escalade (4) (Pour escalader un mur de neuf mètres de hauteur, il faut des échelles qui aient au moins dix mètres de long et qui présentent une solidité suffisante pour supporter le poids de six ou sept hommes armés les chargeant à la fois. De telles masses ne sauraient être portées facilement sous les traits de l’ennemi et à travers les obstacles de toute nature qui défendent le pied de l’escarpe : aussi l’expérience a-t-elle démontré que des murs d’environ dix mètres de haut présentaient un obstacle suffisant à l’escalade, et c’est la hauteur encore admise aujourd’hui).

12. Il faut noyer longitudinalement dans la maçonnerie des courtines et des tours des poutres de chêne assemblées bout à bout. Ces chaînages, espacés verticalement de quatre coudées (1,85 m), sont destinés à localiser l’effet des projectiles de l’ennemi sur le mur et à faciliter les réparations (1) (Vitruve recommande également de noyer des pièces de bois dans la maçonnerie (viv. I, ch. V) ; mais on remarquera que l’architecte romain emploie ces poutres perpendiculairement à la surface du mur, afin de relier les deux parements, tandis que l’ingénieur grec les place parallèlement à cette surface pour maintenir les parties supérieures dans le cas où l’ennemi parviendrait à faire une trouée dans le bas. Ce dernier mode d’emploi a prévalu au moyen âge. On trouve dans presque toutes les constructions du VIe au XIIIe siècle la trace des pièces de bois noyées longitudinalement dans l’épaisseur des murs en élévation et même en fondation. Ces pièces de bois avaient un équarissage variant de 0,12 m à 0,30 m. La plupart ont fini par se détruire à l’air en laissant des vides que des archéologues trop ingénieux ont pris pour des conduits acoustiques, destinés à porter l’oreille du maître les moindres paroles des habitants du château).

On fera des murs couverts d’un toit (mot grec) (1) (Les remparts d’Athènes présentaient cette disposition) et munis de créneaux où cela sera nécessaire.

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13. On fera des murs couverts d'un toit (mot grec) et munis de créneaux où cela sera nécessaire (Les remparts d'Athènes présentaient cette disposition).

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14. Il convient aussi d’élever en certains lieux des courtines avec des créneaux, mais sans chemin de ronde (mot grec) ; on aura soin alors de sceller dans le mur, pendant la construction, des corbeaux (mot grec) (2) (Le grec porte (mot grec). Je crois qu’il faut lire (mot grec). Le mot (grec) est du reste employé avec le même sens dans l’inscription relative aux fortifications d’Athène que nous reproduisons dans le 2e volume. Dans tout ce paragraphe le texte a été altéré ; le sens n’est pas douteux, mais la phrase n’est pas correcte) formant saillie sur le parement intérieur, de façon à pouvoir étendre sur ces supports des poutrelles et des madriers qui formeront un plancher mobile où il sera facile de circuler et de combattre au moment du besoin. En enlevant le plancher, il suffira de quelques hommes pour garder cette partie de l’enceinte ; car, si l’ennemi parvenait au sommet du mur, il ne pourrait descendre du côté de la ville ; il serait alors forcé de se retirer, ou bien il ne tarderait point à succomber sous les traits de la défense (3) (Il y avait probablement un plancher de cette nature au mur intérieur de Pompeï (Voir la figure de la page précédente).

15. Pour d’autres courtines, on construira, comme cela s’est fait à Rhodes, un chemin de rond large de sept coudées (3,22 m) au-dessus d’une série de voûtes. Des corps de garde à sept lits (mot grec) seront établis sous ces voûtes, dont les pieds droits doivent avoir dix coudées (4,62 m) de largeur sur autant d’épaisseur. On donnera aux murs transversaux la même largeur (4,62 m), mais seulement trois coudées (1,38 m) d’épaisseur. Ce mode de construction est beaucoup plus économique que les autres, tout en procurant une solidité suffisante ; car les murs épais de dix coudées peuvent se réparer très facilement s’il leur arrive quelque dommage (1) (« Les anciens avaient reconnu, dit le général Tripied (La fortification déduite par son histoire, p. 29) que les vibrations sont une très grande cause de destruction dans les maçonneries, et que ce qui est le plus nécessaire pour en atténuer les effets est moins d’augmenter leur épaisseur que de leur procurer des points d’appui qui empêchent les oscillations. Ils savaient que ces points d’appui s’obtiennent avec facilité et économie en opposant des murs perpendiculaires les uns aux autres, parce qu’ils n’oscillent que dans ce sens. C’est ainsi qu’ils ont été amenés à adosser à leurs murs primitifs d’enceinte des pieds droits et à jeter entre ces pieds droits des voûtes pour en contenir les vibrations ». Ce système a de plus l’avantage de fournir des abris à la garnison et de procurer des vues rasantes sur ses approches au moyen d’embrasures. Les murs de Carthage et l’enceinte d’Aurélien à Rome étaient construits sur ces données. Citons encore d’après M. L. Blesson (p. 53-55), l’enceinte de Smolensk commencé en 1595, celle de Ginzig sur l’Aar, celle de Cologne et celle de Trèves, près de la Porte-Noire. On avait proposé un mur analogue, en 1841, pour former à Paris une enceinte de sûreté).

16. On construira des tours de la même manière, en se servant de pierres de taille cimentées avec du gypse, ainsi que nous l’avons indiqué plus haut ; leurs murs ne doivent pas avoir moins de dix coudées (4,62 m) d’épaisseur.

17. On ménagera dans les murs de flanc (mot grec) des embrasures (mot grec) étroites de l’extérieur, larges à l’intérieur et se rétrécissant vers le milieu ; la partie inférieure sera inclinée du dedans au dehors (mot grec) (2) ; (Les derniers éditeurs du Thesaurus d’Henri Estienne paraissent n’avoir pas remarqué ce passage de Philon, car ils ne proposent aucune interprétation satisfaisante pour le mot (grec) (aridus). Cependant le sens est à peu près certain, surtout si l’on compare avec le § 7 du ch. III, où Philon dit que l’on doit se servir de ces sortes d’embrasures pour faire rouler des pierres d’un talent sur la tête de l’ennemi. Peut-être y a-t-il là une figure analogue à celle qui a donné naissance à une foule de nos expressions techniques ? Une surface exposée à la pluie est relativement sèche lorsqu’au lieu d’être horizontale elle est inclinée de telle façon que l’eau n’y séjourne pas. Peut-être aussi faut-il faire venir le mot (grec) du verbe (grec), polir, gratter, tailler, la pierre du bas de l’embrasure ayant été délardée pour donner l’inclinaison de la paroi inférieure ? La figure ci-contre représente une embrasure d’une des batteries casematées du grand boulevard de Schaffhausen, construit au commencement du XVIe siècle. Il y a, à l’intérieur, dans l’épaisseur de la maçonnerie, une chambre voûtée destinée à contenir la pièce ; l’ébrasement du dehors est disposé en ovale avec redans curvilignes pour détourner les projectiles lancés par l’assiégeant) ; de la sorte, les défenseurs seront à l’abri et pourront, en avançant la tête des traits dans les embrasures, pointer les pétroboles et les catapultes dans la direction qu’ils voudront.

18. Il faut qu’il y ait des embrasures pour le tir des catapultes et des lithoboles dans les tours, au rez-de-chaussée desquelles on doit établir des batteries (1) (Les dimensions gigantesques des machines des anciens, les chocs violents que produisait leur mise en action et l’énorme dépense qu’entraînerait leur construction et leur entretien, ne permettrait pas de les répartir à peu près indifféremment sur tout le pourtour de l’enceinte, comme nous le faisons aujourd’hui pour nos pièces d’artillerie. L’ingénieur qui fortifiait une place devait étudier, avec le plus grand soin, en quels lieux l’action de ces machines pouvait être le plus efficace, et construire alors des tours suffisamment grandes pour les porter ou les contenir) ; c’est grâce à ces batteries que les tours pourront se prêter un mutuel appui contre les tours de charpente de l’ennemi, soit que celui-ci les amène contre l’une des tours du même front, soit qu’il les dirige contre des tours de l’enceinte (1) (On voit par ce passage que les anciens employaient des pièces détachées de l’enceinte pour occuper des positions importantes. L’historien Josèphe n’est pas moins explicite à cet égard. « Manassès, dit-il, (liv. X, ch. 3, § 2), pour assurer sa capitale, fit réparer avec le plus grand soin les anciens murs, construisit un deuxième mur d’enceinte, bâtit des tours très hautes et munit les forts qui étaient en avant de la ville (mot grec) de toutes sortes de vivres et de moyens de défense ». On remarquera que l’étymologie du (mot grec) est précisément la même que celle du mot ravelin, par lequel on désigna dans l’origine nos demi-lunes, et qu’on s’accorde à faire du verbe italien rivelare, parce que ces ouvrages servaient à révéler l’approche de l’ennemi. Au moyen âge on appelait aussi barbacanes ces tours détachées. La grande barbacane de Carcassonne décrite par M. Viollet-Le-Duc est un des exemples les plus connus. Cf. Stratégiques, ch. IX).

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L’assiégé pourra les battre avec des pétroboles qui tirent a travers des flancs ou au travers des courtines (mot grec) (2) (M. Dindorf, l’un des éditeurs du Thesaurus d’H. Estienne, propose, au mot (mot grec), de lire ici (mot grec) ; le mot (mot grec) ne se retrouve plus, en effet, ni dans Philon, ni, à ma connaissance, dans aucun autre auteur. Il ne serait point cependant impossible que ce fût une expression technique destinée à désigner spécialement la partie de la courtine formée par les murs de masque et où était percées les embrasures) : aussi doit-on ménager dans celles-ci des embrasures telles que nous les avons décrites, ainsi que des archères (mot grec), les une directes, les autres obliques (3) (Philon distingue les embrasures (mot grec) pour les grosses machines de jet, des archères ou meurtrières (mot grec) pour les armes de main. Les embrasures obliques servaient à flanquer les faces des tours concurremment avec les flancs qui, vu leurs dimensions, ne donnaient pas une protection suffisante ; c’est ce que l’on peut aussi remarquer dans les premiers tracés bastionnés au XVIIe siècle. On sait que les embrasures percées dans les courtines ne furent pas en usage que fort tard, du moins dans la Grèce ; Plutarque (in Marcello) cite comme une invention d’Archimède les trous que cet ingénieur avait fait percer dans les murs de Syracuse au moment du siège (212 av. J.C.) ; ces trous, comme les embrasures de Philon, allaient en s’élargissant à l’intérieur et ne présentaient qu’une palme (0,08 m) d’ouverture à l’extérieur. Les bas-reliefs découverts dans les ruines de Nivive montrent que les embrasures et les meurtrières, dans la partie inférieure des tours et des courtines, étaient, au contraire, très communes en Orient dès la plus haute antiquité), mais toutes rétrécies à l’extérieur, de telle façon que les défenseurs puissent blesser ceux qui s’approchent et briser les masques des mineurs (1) (Littéralement, les madriers posés contre (le mur). Encore aujourd’hui, quand le mineur veut faire brèche à un mur mal flanqué, il va, pendant la nuit, s’établir au point où il est le mieux défilé, et il se couvre avec un abri composé de dix madriers en chêne de 3 mètre de longueur, 0,30 m de largeur et 0,10 m d’épaisseur revêtus de fer blanc ou de tôle, ou au moins de peaux de bœufs, fraîchement tués, qu’il place dans une position inclinée le long du mur, de façon à leur donner 1,50 m de pied. Ce masque s’emploie surtout dans les attaques brusquées. Dans les attaques pied à pied, les anciens employaient un système analogue, mais tout monté à l’avance ; cette machine, qui s’amenait sur des roulettes jusqu’au pied du mur, s’appelait la tortue des mineurs (mot grec). Appolodore et, d’après lui Héron le Jeune l’on décrite en détail) (mot grec), ainsi que les tours de l’attaque, sans avoir rien à redouter eux-mêmes.

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19. On revêtira les embrasures avec des plaques de fer munies de côtes saillantes tout autour, de façon à éviter d’un côté les effets destructeurs des projectiles, et de l’autre à rendre difficile la pénétration des traits le long des joues dans l’intérieur (2) ((Phrase en grec). La question du blindage, on le voit, n’est pas nouvelle. Hégésippe (v,2) raconte même que les murs de Jérusalem étaient revêtus de fer ou d’airain. Je crois que c’est une erreur, d’autant plus que Josèphe ne fait aucune mention de ce fait ; de pareils revêtements eussent été du reste trop coûteux. Quand Thucyde (i, 93) dit que les murs du Pirée, construits par Thémistocle, étaient formés de pierres de taille, et que celles de l’extérieur étaient réunies par du fer et du plomb (phrase grec), il veut parler des crampons qui, placés sur les lits, reliaient les pierres du parement (voir ci-dessus, § 6), et non pas, comme l’ont compris certains traducteurs, des couvre-joints placés sur le parement lui-même. On doit, je crois, comprendre de la même manière ce que dit Dion (in Severo) des remparts de Byzance dont le parement (mot grec) était consolidé par des plaques d’airain (mot grec). M. Viollet-Le-Duc donne, à l’article créneau, dans son dictionnaire d’architecture, un curieux spécimen de l’emploi des côtes saillantes, analogues à celles qu’indique Philon, pour empêcher les traits ennemis de pénétrer dans les embrasures. Ces côtes sont en pierres de taille et contournent les créneaux de la cathédrale de Béziers. Les cannelures de l’embrasure, dont il est question dans une note du § 17, ont également pour but de dévier les projectiles ennemis).

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.................

Chapitre XXXIV

De ce qui sert à éteindre le feu

1. Si les ennemis s’efforcent de vous incendier au moyen de matières incendiaires, il faut vous y opposer à l’aide du vinaigre, car il empêche de brûler facilement. Il serait cependant plus avantageux qu’on eut mouillé à l’avance avec du vinaigre ce qui est exposé à brûlé, car le feu ne prend pas aux matières imbibées de ce liquide.

2. Il faut que ceux qui, des lieux élevés, sont chargés d’éteindre l’incendie, aient devant le visage un masque pour les empêcher de souffrir des flammes qui s’élèvent vers eux.

Cf. Philon, IV, 26. Trad. nouvelle.

Chapitre XXXV

Des matières incendiaires

Pour produire un embrasement qu’on ne pourra éteindre d’aucune manière, prenez de la poix, du souffre, de l’étoupe, des grains d’encens et de ces ratissures de bois gommeux avec avec lesquelles on prépare les torches ; faites-en des boules, mettez-y le feu et jetez-les contre ce que vous voulez réduire en cendres. (Trad. nouvelle).

Chapitre XXXVII

De la manière de reconnaître et de repousser les mineurs

1. Voici comment il faut arrêter les mineurs. Si vous apercevez que l’on mine, il faut creuser en dehors un fossé aussi profond que possible, afin que la mine vienne y déboucher et que les mineurs soient découverts.

Si cela est possible, il faut construire dans ce fossé un mur de médiocre hauteur, mais très solide et composé de très grosses pierres (Ce mur était un rempart à l’abri duquel les assiégés attendaient le débouché des assiégeants ; Cf. Siège de Marseille par les Romains ; Vitr., X ; Végèce, IV, 5.).

2. Si vous ne pouvez faire cette construction en pierres, il faudra préparer un amas de toute sorte de bois, et lorsque la mine débouchera dans votre fossé, vous y jetterez ces bois et ces broussailles en y mettant le feu ; puis vous couvrirez le tout de façon que la fumée se dirige vers l’entrée du souterrain et incommode ceux qui seront dans la galerie. Il en résultera qu’un grand nombre de mineurs périront asphyxiés (Cf. Siège d’Ambracie ; Polybe, XXII ; Tite-Live, XXXIII, 4-7 ; Polyen, VI.).

3. On a également fait entrer par l’ouverture des guêpes et des abeilles qui ont maltraités ceux qui étaient dans la mine (Cf. Siège de Themiscyre par Lucullus ; Appian. De bello Mithrid. XVIV).

4. Il faut aussi, quand vous saurez vers quel point les ennemis dirigent leur mine, creuser de ce côté une contre-mine, aller au-devant d’eux et mettre le feu à tout ce qui se trouvera dans leur galerie.

5. On raconte cette vieille histoire : Amasis, assiégeant les Barcéens, commença à fouiller la terre ; les Barcéens furent très inquiets, craignant qu’Amasis ne parvînt jusqu’à eux sans être découvert. Un forgeron, réfléchissant là-dessus, trouva cet expédient : il prit un bouclier d’airain et, le portant le long des murs, il le posa à terre en divers endroits en y appliquant l’oreille ; ayant entendu le bruit en certain point, il jugea que l’ennemi s’avançait de ce côté. Les Barcéens y creusèrent une contre-mine, rencontrèrent les mineurs assiégeants et en tuèrent un grand nombre. C’est ainsi que l’on agit aujourd’hui pour reconnaître l’endroit où les mineurs travaillent (Hérodote, IV, 200, raconte le même fait presque dans les mêmes termes. L’ (terme grecque) avait la forme d’une assiette à soupe, d’une circonférence capable de couvrir un homme du cou au mollet. Cette forme et le métal dont il était composé lui donnaient une grande sonorité. Les anciens se servaient d’ustensiles tout à fait analogues, sauf les dimensions, dans les bains publics, pour avertir les clients que leur eau est prête (Voir Dictionnaire des antiquités romaines et grecques d’A. Rich, aux mots : clypeus, aes thermarium). L’architecte Tryphon employa des vases d’airain pour reconnaître les mineurs au siège d’Apollonie par Philippe III de Macédoine, en 214 av. J.C. (Vitruve, X). En 1450, les habitants de Croye, assiégés par Mahomet II, perfectionnèrent ce procédé en tendant une peau sur le vase d’airain et en plaçant des balles dans l’eau. Aujourd’hui, nous employons un tambour avec des pois secs ou des billes qui ressautent à la moindre trépidation du sol).

6. Voici maintenant le moyen de construire l’abri le plus solide pour ceux qui doivent miner. Il faut lier les timons de deux chariots à deux roues, de telle sorte que les pointes soient en haut et que le derrière des chars soit fiché en terre ; disposez ensuite sur ces deux chariots réunis toute sorte de bois, de roseaux et autres choses propres à faire un blindage, et enduisez le tout de terre glaise. Vous pourrez pousser et ramener cette machine où vous voudrez, à cause de ses roues, et vos mineurs seront à couverts (Cette machine n’était point destinée à remplacer la tortue des mineurs que l’on appliquait contre le mur pour le saper ; elle eût été trop faible : elle devait servir seulement à protéger l’ouverture du puits d’attaque, quand on ne pouvait dérober celle-ci aux vues de l’assiégé par suite d’un pli de terrain).

Chapitre XXXIX

Des ruses

1. Les assiégés doivent se servir de moyens tels que ceux-ci : (Cf. Philon, III, 18)

2. Dans les [chaussées des] portes, et, autant que possible, à l’intérieur [du couloir] de ces portes, on creuse un fossé en laissant un passage à droite et à gauche ; puis on fait sortir quelques soldats qui attaquent l’ennemi et l’attire vers la ville. Les escarmoucheurs rentrent alors dans la place, au moyen de passages aménagés de chaque coté du fossé, entraînant à leur poursuite les ennemis ; ceux-ci, n’ayant aucune connaissance du fossé que l’on aura eu soin de dissimuler, y tomberont infailliblement et y périront. Il faut, dans ces cas-là, qu’il y ait à l’intérieur de la ville des troupes rangées en bataille dans les rues de traverse ainsi qu’en avant des coupures et sur les places qui précèdent les portes.

3. Si un grand nombre d’ennemis entraient malgré cela dans la place et qu’on voulût les faire prisonniers, il faudrait suspendre en haut, et au milieu du couloir des portes, une porte formée de solives aussi épaisses que possible et garnies de fer ; lorsqu’on voudra arrêter les assaillants qui se précipitent vers la ville, on laissera tomber la porte verticalement.


Dernière édition par MJR le Sam 15 Fév 2014 - 1:31, édité 10 fois

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Re: Attaque et défense des places dans l'Antiquité

Message par Le Bègue le Mer 12 Fév 2014 - 20:15

Bonjour à tous,
Bonjour Richard,

Je passe vite fais pour te dire que j'ai lu en Z ta prose, mais j'y reviendrai ce soir.
Je mettrai en ligne ma prose.
J'ai commis un ouvrage l'an dernier sur les armes chimiques dans l'antiquité en général et dans l'Armée Française en particulier.
J'y pondère largement les écrits anciens pour une raison simple : la chimie n'existait pas à cette époque.
Ni le microscope, ni le thermomètre d'ailleurs, petits outils indispensables...

Mais le but n'est pas d'être polémique. Juste de permettre à chacun de lire car au delà la lettre, il y a l'esprit.
Bref, j'y reviendrai.

Amitiés,
Bernard.

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Attaque et défense des places dans l’Antiquité (suite)

Message par MJR le Mer 12 Fév 2014 - 20:23

Merci Bernard pour ta remarque. J’attends avec grand intérêt ta contribution sur ce sujet.

Voici un deuxième extrait sur ce sujet.

Source :

J.-E. Lagrange (Colonel du Génie, ancien professeur de fortification à l’école militaire à Bruxelles) ; Essai historique sur les mines militaires anciennes et modernes ; 1866.

Extrait du document

Essai historique sur les mines militaires anciennes et modernes

Première partie.

Mines militaires des anciens

Les livres saints et quelques ruines des plus anciens monuments de l’Egypte sont d’accord pour démontrer que l’emploi des mines, dans l’attaque des places, remonte aux premiers âges du monde historique. Ainsi d’une part, la Genèse (chapitre II, versets 5 et 6), fait dire à Jacob, parlant de ses fils : « Siméon et Levi sont des vases d’iniquités, avides de combats. Dans leur fureur, ils ont tué l’homme, et, dans leur ambition, ils ont sapé les murailles des villes ». De l’autre, un bas-relief du Memnonium, dont la construction est antérieure de plus de mille ans à l’ère vulgaire, représente les Egyptiens attaquant une forteresse et, sous l’abri de mantelets, creusant le sol, pour tâcher de renverser une partie des murs.

L’historien Flavius Josèphe, dans ses antiquités juives, en retraçant des événements d’une époque qui date de  mille soixante-quatorze avant Jésus-Christ, nous apprend que « Saül, ayant envahi le territoire des Amalécites, le ravagea et attaqua ensuite leurs villes, les unes avec des machines, les autres avec des boyaux de mines, (phrase grecque) (Livre VI, chapitre VII, § 2, 3). »

La défense souterraine suivit de près, on n’en saurait douter, l’application des mines offensives, que l’histoire a signalée les premières.

Un ancien auteur grec, Enée, qui parait avoir vécu sous le règne de Philippe II de Macédoine, père d’Alexandre le Grand, dit au sujet de la défense des places par les contre-mines (chapitre XXXVII).
« Voici le moyen pour empêcher les assiégeants de pousser des mines contre la ville : si l’on s’aperçoit qu’ils y travaillent effectivement, on creusera un large et profond fossé au-devant et hors des remparts, et, l’ayant revêtu des deux côtés d’un mur de maçonnerie, on le remplira de toutes sortes de bois sec. Dès que les mineurs ennemis auront avancé leur galerie jusqu’à ce fossé et percé le mur, on mettra le feu au bois dont le fossé se trouve rempli, et on le couvrira tout aussitôt par-dessus pour repousser la fumée dans la galerie ; par là on les obligera d’abandonner celle-ci, de peur d’être étouffés. S’il s’en est trouvé qui ont lâché un essaim d’abeilles sur les ennemis, ce qui n’est pas une petite incommodité pour les obliger de quitter la partie.
« D’autres ouvrent des contre-galeries pour chercher les galeries des assiégeants et les charger dans ces routes souterraines, ou pour brûler leurs travaux. Ceci me fournit l’occasion de citer un vieil exemple sur le sujet : « Amasis, roi d’Egypte, assiégeant la ville de Barcé (569 ans avant l’ère vulgaire), ouvrit un conduit souterrain ; ceux de la place, en étant avertis, se trouvèrent très embarrassés ; ils crurent déjà l’ennemi dans la ville, mais ils ignoraient où ils creusaient.

Dans cette extrémité, un chaudronnier imagina cet expédient : il se servit d’un bouclier d’airain, et faisant le tour de la ville il le posait à terre à chaque pas qu’il faisait, et prêtait l’oreille contre ; là où il n’entendait aucun bruit il jugeait que les mineurs n’y étaient pas.

« Etant enfin arrivé au-dessus de l’endroit où ils se trouvaient, il les entendit travailler. Les habitants ouvrirent aussitôt une galerie à proximité. On ne fut pas longtemps sans se rencontrer, et ceux de la ville ayant eu le dessus, tuèrent et chassèrent les assiégeants ».

Barcé était une ville de la Pentapole de Lybie, à cent stades de la mer et près de Ptolemaïs qui en était le port. Le récit d’Enée a sans doute été emprunté à Hérodote. Ce dernier, à la fin du livre IV de ses histoires (Melpomène), raconte aussi l’action de l’ouvrier en cuivre de Barcé et en parle comme une invention nouvelle à l’époque de ce siège. Du reste, ce n’est point Amasis, roi d’Egypte, qui dirige l’opération, mais un certain Amasis, Muraphien, commandant de l’armée de terre d’Argendès, gouverneur de l’Egypte, pour Cambyse, le conquérant de cette contrée. Cet Amasis, après avoir vu échouer ses mineurs, se rendit maître de la ville par un stratagème qui ne fut qu’une trahison aussi grossière que barbare.

Il fit creuser la nuit et couvrir de bois léger et de terre un large fossé au-dessus duquel il amena ensuite les assiégés à un pourparler. Une convention fut conclue. Les Barcéens devaient payer un tribut et les Perses ne formeraient point de nouvelles entreprises contre eux, tant que ce terrain subsisterait dans l’état où il était alors.

Barcé ouvrit ses portes. Les Perses, ayant en ce moment détruit l’espèce de pont sur lequel le traité avait été fait, entrèrent en foule dans la place, dont les habitants furent mis au pillage et en partie livrés aux supplices.

Les contre-mines se creusaient habituellement pendant la durée du siège, soit pour aller au-devant des mineurs assiégeants et les combattre sous terre, soit afin de faire écrouler les terrasses et les machines d’approche ou de jet. Il est à présumer pourtant que, dans les places dont le site se prêtait particulièrement aux travaux de l’espèce, on les exécutait quelquefois avant le siège, puisque l’histoire nous fait connaître que certaines forteresses de l’antiquité avaient des galeries permanentes de contre-mines. Telle était Gamala, ville située sur un roc élevé de la Judée. Josèphe (Guerre des Juifs, livre IV, chapitre I), affirme l’avoir fortifiée lui-même d’une muraille, précédée d’un fossé et des contre-mines dont elle était pourvue d’avance lorsque Vespasien vint en faire le siège (l’an 68 de l’ère vulgaire). Le passage est d’autant plus précieux qu’il paraît être le seul à citer des auteurs anciens pour établir avec évidence, que les ingénieurs de l’antiquité comprenaient parfois les contre-mines dans leurs projets de fortifications.

Enée, dont nous venons d’invoquer le témoignage, parle de ruches d’abeilles ou gâteaux de guêpes jetés sur les mineurs ennemis dans leurs conduits souterrains.

Nous citerons plus loin l’exemple d’une défense de place où cet expédient fut mis en œuvre. On y verra, en même temps, des bêtes féroces lancées dans les galeries pour effrayer ou pour faire dévorer les travailleurs assaillants.

Les anciens paraissent avoir été bien moins scrupuleux que nous dans le choix des agents de destruction dont ils faisaient usage à la guerre.

On en a signalé plusieurs, que la civilisation moderne flétrirait comme contraires aux droits de gens et à l’honneur des armes. Ainsi les gaz empoisonnés, les salamandres et autres reptiles, le venin des vipères et des aspics étaient autant de moyens auxquels on avait recours, dans certaines contrées, pour se nuire ou se détruire. On enfermait les serpents dans des vases fragiles qu’on lançait sur l’ennemi et qui se cassaient en tombant.

Ce n’est pourtant pas que chez les modernes on se soit toujours abstenu d’employer ces armes réprouvées ; car Folard accuse les Turcs de s’être servis, au siège de Candie (1667-1669), de vapeurs empoisonnées pour asphyxier les assiégés dans leur contre-mines. Il est à remarquer, en outre, que quelques-uns des gaz que produit l’explosion de mines modernes dans le sein de la terre, sont ou deviennent des poisons. L’oxyde de carbone et l’hydrogène sulfuré, par exemple, sont extrêmement dangereux à respirer. Mais, comme l’emploi de l’agent principal, la poudre, y donne lieu naturellement, et d’une manière inévitable, en mainte circonstance, on ne saurait leur appliquer la loi rigoureuse de réprobation dirigée contre les armes perfides, d’autant que ceux-là même qui ont allumé les fourneaux d’où ces gaz émanent en tombent souvent les premières victimes. On est porté à croire que les vapeurs empoisonnées des Turcs n’étaient pas autre chose et, en ce cas, le reproche de Folard porterait entièrement à faux.

Le procédé imaginé, il y a plus de vingt-quatrième siècles, par le chaudronnier ou forgeron de Barcé, pour épier les mineurs ennemis, est particulièrement remarquable en ce que jusqu’à ce jour on n’ait rien trouvé de mieux approprié à ce genre de recherches ; car, parmi les expédients assez nombreux que la science indique actuellement, ce qu’on connaît de plus efficace pour entendre au loin ce qui se passe sous le sol, c’est sans nul doute la plaque de tôle, d’un centimètre environ d’épaisseur qu’on place sur le sol des écoutes ou des galeries avancées et contre laquelle on applique l’oreille ; elle accuse jusqu’aux moindres ébranlements produits par le travail souterrain, qu’on exécute aux environs.

Végèce (livre IV, chapitre XXIV), dit en parlant des mines offensives :
« Il y a une méthode d’attaquer les places, secrète, parce qu’elle se fait par un conduit souterrain qu’on appelle cuniculum, terme emprunté au travail des lapins qui se terrissent ou creusent des terriers où ils se cachent. C’est donc à l’imitation de ceux qui ouvrent des routes souterraines pour aller à la recherche des métaux, des veines d’or et d’argent, industrie où les Bessiens excellent, qu’on perce des galeries sous le sol jusque dans la place pour s’en rendre maître. Ce dette ruse naissent en même temps deux pièges : en effet, ou bien les assiégeants à la faveur d’une nuit obscure, lorsque tout repose sans défiance, débouchent de ces conduits cachés, et marchent aux portes de la ville qu’ils ouvrent à leurs gens ; ceux-ci surprennent et tuent les habitants jusque dans leurs maisons où ils dorment tranquillement ; ou les assiégeants, lorsqu’ils ont poussé la galerie jusqu’aux fondement de la muraille, creusent dessous et en sapent une grande partie, qu’ils soutiennent par des bois bien secs. Cet étançonnage grossier retarde la chute ; ils y ajoutent des sarments et d’autres matières combustibles. Alors, après avoir disposé leurs combattants, ils mettent le feu à l’ouvrage.

Les étais et les ciels en bois se consument et la muraille s’écroulant tout-à-coup faute d’appuis, laisse une brèche par où ils envahissent la ville ».

Le même auteur (livre IV, chapitre V), indique un moyen de se précautionner contre les mines offensives. « Il faut, dit-il, entourer les villes de fossés très-profonds et très-larges, afin que l’assiégeant ne puisse ni les égaliser, ni les combler facilement, et afin qu’ils l’empêchent de continuer sa galerie lorsque l’eau commence à y séjourner. Car on peut contrarier l’achèvement des travaux souterrains de deux manières : par la profondeur des fossés et par les inondations ».

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Traité de Philon : La fortification (suite)

Message par MJR le Sam 15 Fév 2014 - 1:37

Traité de Philon : La fortification (suite)

19. On revêtira les embrasures avec des plaques de fer munies de côtes saillantes tout autour, de façon à éviter d’un côté les effets destructeurs des projectiles, et de l’autre à rendre difficile la pénétration des traits le long des joues dans l’intérieur (2) ((Phrase en grec). La question du blindage, on le voit, n’est pas nouvelle. Hégésippe (v,2) raconte même que les murs de Jérusalem étaient revêtus de fer ou d’airain. Je crois que c’est une erreur, d’autant plus que Josèphe ne fait aucune mention de ce fait ; de pareils revêtements eussent été du reste trop coûteux. Quand Thucyde (i, 93) dit que les murs du Pirée, construits par Thémistocle, étaient formés de pierres de taille, et que celles de l’extérieur étaient réunies par du fer et du plomb (phrase grec), il veut parler des crampons qui, placés sur les lits, reliaient les pierres du parement (voir ci-dessus, § 6), et non pas, comme l’ont compris certains traducteurs, des couvre-joints placés sur le parement lui-même. On doit, je crois, comprendre de la même manière ce que dit Dion (in Severo) des remparts de Byzance dont le parement (mot grec) était consolidé par des plaques d’airain (mot grec). M. Viollet-Le-Duc donne, à l’article créneau, dans son dictionnaire d’architecture, un curieux spécimen de l’emploi des côtes saillantes, analogues à celles qu’indique Philon, pour empêcher les traits ennemis de pénétrer dans les embrasures. Ces côtes sont en pierres de taille et contournent les créneaux de la cathédrale de Béziers. Les cannelures de l’embrasure, dont il est question dans une note du § 17, ont également pour but de dévier les projectiles ennemis).

20. Ayant ainsi construit les tours (phrase grec), nous y établiront des passages (phrase grec) aussi grands que possible et en forme de voûte, pour que les pétroboles puissent facilement y pénétrer et les traverser quand il le faudra.

21. Il faut faire les tours, devant lesquelles l’ennemi pourra amener des tours de charpente hautes et solides ; il suffira de donner aux autres l’élévation nécessaire pour n’avoir rien à craindre de l’escalade. En effet, les premières, qui sont trop hautes, ne servent à rien (1) (Le texte ne dit pas seulement qu’il est inutile de faire des tours élevées quand on en a pas besoin ; il spécifie que ces tours ne valent pas les autres (phrase grec). Cette phrase me confirme dans l’opinion, souvent combattue par les ingénieurs modernes, que les anciens avaient une idée très nette du flanquement latéral. Pour que ce flanquement ait lieu, il faut en effet qu’il y ait certaines relations entre la longueur de la courtine, la hauteur des flancs et l’inclinaison maximum des pièces flanquantes. La longueur de la courtine étant donnée, les plates-formes des tours doivent être suffisamment basses pour que les machines, inclinées autant que le permet leur affût, viennent battre le milieu de cette courtine. Comme le front est symétrique, il est clair que, si cette condition n’était pas remplie et que les projectiles pussent passer en ce point à une trop grande hauteur au-dessus du sol, il y aurait là un espace complètement à l’abri des coups de la défense. Je dois ajouter cependant que ces relations n’étaient point aussi rigoureusement indiquées, même en théorie, dans l’antiquité que de nos jours. Les catapultes étaient d’un usage trop difficile pour servir efficacement au flanquement ; on ne pouvait les incliner que d’un très faible angle, sous peine de voir le projectile glisser, et il est fort probable qu’on se flanquait surtout au moyen des armes de main et des petites machines de jet abritées dans les casemates) et les pétroboles les renversent plus vite, tandis que les autres sont efficaces et supportent facilement les dommages. Il faudra donc s’attacher d’abord à faire les murs des tours elles-mêmes très épais, et c’est à cela, plutôt qu’à la hauteur, qu’on devra consacrer l’argent dont on peut disposer.

22. Dans toutes les courtines et dans toutes les tours, la partie la plus exposée aux coups des lithoboles doit être formée de pierres aussi dures que possible, avec des bossages saillants d’une palme (0,08 m) et assez distants l’un de l’autre pour le point permettre aux projectiles lancés par les pétroboles d’un talent d’arriver jusqu’au mur proprement dit et de lui causer ainsi quelque dommages (1) (Il n’existe encore à Rome un mur construit de cette manière dans l’enceinte d’Honorius (Nibby, Muri di Roma, p. 334). Giorgio Martini, ingénieur du XVe siècle, dans son curieux traité édité par M. Promis, donne la figure d’une tour dont le parement présente une défense analogue (liv. V, ch. IX).

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Cette disposition se retrouve dans plusieurs édifices du moyen âge, notamment à la tour de Ratières et à celle de Crest, en Dauphiné. Dans cette dernière, les bossages n’ont pas moins de 0,15 m de saillie).
Ces pierres, qui auront leur parement non taillé, (mais seulement) dégrossi au marteau taillant, seront placées de manière à former boutisses (1) (Je suppose que le texte a été ici corrompu et que le membre de phrase que j’ai mis entre deux crochets doit être rétabli où le place ma traduction. Dans le texte, tel que nous l’avons, il se trouve après le § 23. Voici, du reste, en grec ce membre de phrase qi est assez obscur : (phrase grec)).

23. Les emplacements (terme grec) de tous les remparts ainsi que leurs inclinaisons (terme grecs), leurs courbures (terme grec) et leurs élargissements, doivent toujours être déterminés par la nature des lieux.

24. Au pied des murs et des avant-murs, on construira des batteries pour les projectiles les plus gros et les plus nombreux. Les unes seront creusées [dans le sol ou] de plain-pied et ménagées dans la partie inférieure des murs ; les autres seront enterrés de manière à avoir une grande plate-forme et à mettre les artilleurs à l’abri. Ces derniers frapperont ainsi l’ennemi sans être vus, et ne seront point exposés à devenir inutiles lorsque l’assiégeant s’approchera de la place, faute de pouvoir faire converser leur machines (2) (Phrase en grec. Ce paragraphe n’est pas très clair et le texte est probablement un peu altéré ; pour le comprendre, il faut se reporter aux dimensions gigantesques de ces machines des anciens.
Les oxybèles destinées à lancer des traits se construisaient de tous les calibres, et la plupart pouvaient trouver leur place sur les remparts et dans les tours ; mais les plus petites pétroboles en usage, celles de 10 mines, avaient environ 3,60 m de haut ; celle de 1 talent, qui correspondaient à notre canon de siège, 6,50 m : enfin celles de 3 talents, les plus grosses dont on se servit, avaient jusqu’à 9,35 m de haut.
Ces nombres, quelque étonnants qu’ils puissent nous paraître au premier abord, résultent d’indications précises laissées par Héron et Philon dans leurs traités d’artillerie. Je rappellerai au lecteur que toutes les dimensions de ces machines se calculaient d’après le diamètre de leur faisceau moteur ; pour les pétroboles, ce diamètre s’obtenait en doigts au moyen de la formule D = 1,1 racine cubique sur 100a où « a » représente le poids du projectile exprimé en mines, et la machine entière occupait, d’après les calculs de M. Rustow, un espace de 17 diamètres en hauteur, 20 en longueur et 13 en largeur.
Il suit de là que les pétroboles de 3 talents s’établissaient directement sur le sol en arrière des courtines du corps de place hautes de vingt coudées (9,24 m) et tiraient par-dessus le parapet ; que celle de 1 talent et les plus petites pouvaient s’installer dans l’épaisseur des murs ou entre les contreforts intérieurs et tirer à embrasure, en ayant soin, dans certains cas, de leur creuser des plates-formes, afin de diminuer leur hauteur au-dessus du terre-plein. Cette précaution était de rigueur quand on voulait les placer derrière les ouvrages avancés moins élevés que ceux en arrière et souvent composés d’une simple palissade. Les machines tiraient alors toujours à barbette, ce qui leur donnait la facilité de suivre le mouvement de l’artillerie d’attaque dans sa marche progressive vers la place, à condition toutefois qu’on eût soin de creuser une plate-forme assez vaste pour leur permettre de pivoter).

25. On ménagera de nombreuses poternes dans les flancs pour effectuer facilement les sorties, et aussi pour que les soldats, quand ils battront en retraite, ne soient pas obligés, en faisant demi-tour, de découvrir le côté non protégé par le bouclier ; une file (terme grec) sortant par une première poterne rentrera par une seconde et toutes les autres files suivront le même mouvement (1) (« Il faudra pratiquer sur le côté droit des tours des petites portes par lesquelles on fera sortir les fantassins qui, étant bien couverts de leurs boucliers et protégés par les traits qu’on jettera des défenses, iront s’emparer des machines des ennemis. Ces poternes doivent être bien gardées, et ne s’ouvrir qu’au moment où l’on veut sortir ». (Léon, emper., Inst. XV).

26. Pour les poternes, on fait les unes avec des brisures et les autres avec des portes fermant au verrou (2) (Terme grec. Il faut remarquer que, pour les assiégés puissent sortir de leurs murs et y rentrer sans être obligé de se retourner et de présenter à l’ennemi le côté droit non protégé par le bouclier, ils doivent sortir par une porte située dans le flanc gauche de l’une des tours placée à droite de la première. Toutes les poternes percées dans les flancs droits seront donc destinées uniquement aux sorties ; toutes celles percées dans les flancs gauches, aux rentrées. Les premières doivent présenter une issue facile aux gens venant de la place ; elles seront donc directes et simplement fermées par des portes munies de verrous à l’intérieur. Les secondes doivent satisfaire à cette double condition d’être toujours ouvertes aux défenseurs fuyant devant l’ennemi et de ne pouvoir être forcées par ce dernier ; on les ferra donc sans portes, mais étroites et avec des coudes, de manière à ce qu’il suffise d’une sentinelle pour barrer complètement le passage. On peut, je crois, expliquer par des considérations analogues la disposition singulière que l’on remarque dans les murs pélasgiques de Tirynthe ; En certains des points où le rempart est à l’extérieur d’un abord facile, il est percé d’une sorte de galerie d’escarpe qui communique avec le dehors par une série de portes espacées d’environ 2 mètres. Quand les défenseurs voulaient tenter une sortie, ils se massaient d’abord en secret dans la galerie longitudinale et se précipitaient ensuite tous ensemble sur les assiégeants par les ouvertures transversales. Quand ils rentraient, ils pénétraient à l’intérieur du rempart par toutes ces ouvertures et se hâtaient de se dérober aux coups des ennemis en se cachant derrière les intervalles des portes. Si ceux-ci tentaient de les poursuivent, ils ne pouvaient s’avancer pour ainsi dire que un à un dans ces étroits couloirs et tombaient isolément sous les coupes des assiégés qui les frappaient au côté droit, au moment où ils passaient les murailles. On retrouve une disposition analogue dans l’enceinte des Sardes.

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Re: Attaque et défense des places dans l'Antiquité

Message par KRAL DOMINIQUE le Sam 15 Fév 2014 - 6:48

Bonjour RICHARD,bonjour BERNARD,
a la lecture de ces écrits ,on se rend compte à quel point ,depuis l'antiquité la protection par des remparts a été une réponse aux attaques,qu'elles furent sans cesse repensées pour s'adapter aux ripostes et à l'évolution des armes .
L'emploi des mortiers me surprend ,non par leur existence,mais par leur diversité et l'analyse de leurs propriétés .
L'emploi des poutres incorporée à la maçonnerie pierre dont j'apprend l'usage dans nos fortifs ,est très ancien sous d'autres formes ,on en retrouve des traces en couche(genre fagots (sans doute d'un bois imputrescible) dans les premières murailles de CHINE,avec en plus un béton (déjà) amalgamé à la farine de riz env 3000 ans avant notre ére.
Que tout cela est passionnant !! Merci RICHARD .

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Traité de Philon : La fortification (suite)

Message par MJR le Sam 22 Mar 2014 - 5:40

Bonjour

merci Dominique pour ta contribution.

Cordialement

Richard

Bon, retrouvons notre ami Philon pour la suite.....

Traité de Philon : La fortification (suite)

27. En avant de toutes ces poternes, on élèvera des constructions (terme grec) tant pour les garantir de l’incendie et des pétroboles que pour empêcher l’ennemi de s’en approcher ; en outre, quand les assiégés voudront faire quelques sorties, on pourra en dissimuler les préparatifs (1) (« Faire des sorties par les basses embrasures de chaque tour qu’il faudra un peu ouvrir davantage à cette considération ; et faire un petit carré de murailles ou de palissades au-devant de chacune ». (Vauban, Instructions pour les fortifications de Colmars).

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29. Les palissadements (terme grec), excepté ceux qui sont plantés devant un épaulement (termes grecs) (2) (Suppléez (terme grec) après (terme grec) (Egger). Les palissades que l’on place en avant d’un retranchement en terre (terme grec) se plantent généralement à la jonction du remblai et du déblai dans une position inclinée ; elles prennent alors le nom spécial de fraises.

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La figure ci-dessus, tirée de l’aide-mémoire du génie, indique dans quels cas on emploie aujourd’hui ces diverses palissades) seront tous verticaux. Il faut que les palissades (terme grec) soient difficiles à franchir et à renverser : elles seront difficiles à franchir, si on ne peut en aucune façon les enjamber ; elles seront difficiles à renverser, si, même quand on les tire, elles gardent leur solidité ; or, en les reliant avec des cordes, il arrive quelques fois qu’on finit par rompre une des cordes plutôt que d’arracher le pieu (terme grec) lui-même ; Il faut seize cents palissades (terme grec) de moyenne grosseur pour palissader une longueur d’un stade (3) (Ce qui revient à dire que les palissades ont en moyenne 0,11 m de diamètre ; c’est encore à peu près la dimension ordinaire).

30. Il y a un autre système de fortification qui ne le cède en rien au précédent : il se compose d’hémicycles dont la concavité est tournée vers l’ennemi ; les extrémités des arcs doivent venir s’appliquer contre les tours, de façon à s’adapter à leurs angles et de manière que la distance des parements extérieurs de ces extrémités soit précisément égale à la largeur du mur qui forme la base [de la tour] du côté de l’intérieur.

On fera reposer les poutres de toutes ces tours sur les murs perpendiculaires, afin que si un des murs exposé à l’ennemi venait à s’écrouler sous les coups, les couvertures restassent debout (1) (Phrase grecque. Les explications sont si obscures quand on est privé de l’aide des dessins dont l’auteur les avait accompagnés, que je n’oserais affirmer que ma restitution soit bien exacte. C’est pourquoi j’ai reproduit le texte même, afin que les curieux puissent chercher s’ils ne trouveraient point eux-mêmes une solution meilleure. D’après ce que j’ai compris, les courtines sont circulaires, et le diamètre AB de la concavité qu’elles présentent à l’ennemi est égal à la largeur BC du mur de base des tours. La courtine se trouve ainsi former un rentrant très prononcé et présenter une courbure propre à amortir les coups de l’ennemi ; de plus, chaque saillant porte avec lui son retranchement intérieur. –Je dois dire en faveur de ma traduction, que M. Egger l’a approuvée, et que, au dix-septième siècle, il y eut en Suéde, une école d’ingénieurs qui avait adopté pour les places fortes un système de fortification tout à fait analogue à celui que j’ai cru trouver dans les écrits de Philon. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur le tracé ci-dessus qui représente une partie de l’enceinte de Wismar dans le Meklembourg.- Voyez aussi l’enceinte de Stettin dans l’atlas de Defer, et le tracé de Filley, fig. 62 des Etudes historiques du colonel Prévost. Je sais bien que les dimensions ne plus les mêmes, mais ce que je veux établir, c’est que les ingénieurs ont adopté, pour le nombre des saillants et la longueur des rentrants, cette même proportion qui, au premier abord, paraît inadmissible) et que nous pussions de nouveau reconstruire ce mur.

Restitution du tracé à hémicycles d’après Philon

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Fortifications de Wismar

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31. – On fera aussi des embrasures (terme grec) (1) (Peut-être faut-il lire (terme grec), poternes ; mais il serait très possible ainsi que le mot (terme grec) fût correct ; on faisait, en effet, quelquefois les embrasures basses des flancs des tours assez grandes pour servir au besoin de poterne (voyez ci-dessus la note du § 27) dans ces murs (2)… (M. Effer pense avec raison qu’il y a ici une lacune où devaient être mentionnés les petits orillons destinés à couvrir soit les poternes, soit les embrasures basses qui en tenaient lieu), de manière que, pour les sorties, les défenseurs ne soient point obligés de présenter aux assaillants le côté non exposées aux coup des lithoboles. Les autres constructions se feront comme celles que nous avons décrites plus haut.

32. Ce tracé ressemble au tracé en forme de scie que l’on dit avoir été inventé par l’ingénieur Polyeidos, dans lequel on renforce les positions favorables en construisant, à la gorge des saillants, des tours pentagonales. On jette ensuite des poutres d’un mur à l’autre, comme nous l’avons indiqué plus haut, et l’on obtient ainsi des constructions analogues(3) ((Termes grecs) – Si, dans le tracé à hémicycle dont j’ai donné la restitution, on supprime le mur de gorge BC des tours, on obtiendra un tracé qui a, en effet, la forme d’une scie. Polyeidos remplaçait ce retranchement intérieur dans les endroits qu’il voulait renforcer par une tour pentagonale dont les côtés étaient parallèles à ceux du mur bastionné ; il restait ainsi, entre la tour et la partie correspondante de l’enceinte, un couloir qu’on couvrait à l’aide d’un blindage en bois).

33. – Il y en a qui recommandent un autre système (1) (Phrases grec) dans lequel les courtines légèrement cintrées ont cent coudés (46,20 m) de longueur, douze (5,50 m) d’épaisseur et six orgyes (11 m) de hauteur. La partie supérieure du mur exposé à l’ennemi doit se composer de deux murs (assez résistant) pour n’avoir rien à craindre des coups de lithoboles. Ces murs seront à huit coudées (3,70 m) l’un de l’autre et à douze au moins…

Restitution du système double de Philon (plan et coupe)

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(2) (M. Egger suppose ici une lacune après le mot (terme grec). Le sens général de la phrase indique suffisamment comment on doit la combler ; il faut lire que le double mur qui termine supérieurement la courtine doit commencer à douze coudées au moins au-dessus du sol extérieur ; de cette façon, en effet, la base qui est massive peut résister au choc du bélier. Sans doute Philon dit ensuite que, de distance en distance, on doit réunir les deux murs supérieurs par des contreforts ; ce serait alors sur ces contreforts qu’on jetterait les voûtes ou les poutrelles. Cette dernière disposition est bien préférable à celle que, par respect pour le texte actuel, j’ai adoptée dans ma restitution, où la chute du mur exposé à l’ennemi peut entraîner la chute de la plate-forme supérieure. On a dû remarquer que, dans le § 30 du présent chapitre, Philon recommande d’éviter cet inconvénient. Les poternes, dont parle notre auteur dans le membre de phrase suivant, seraient en ce cas non des portes de sortie, mais des portes de communication percées dans les contreforts ; d’un autre côté, les contreforts gênent la circulation, et l’on verra dans la restitution des fortifications d’Athènes que la toiture est bien appuyée sur le mur de façade. On peut rapprocher aussi de ce système de courtines celui qui est indiqué par Vauban pour Colmars. Philon d’indique pas si le parapet doit être plus épais que le parados, mais il ressort des dimensions qu’il donne que l’épaisseur des deux murs doit être ensemble de quatre coudées, ou six pieds. Il est probable que le parapet avait quatre pied et le parados deux. On remarquera que Philon fixe, dans ce système, la longueur de la courtine, ce qu’il a négligé de faire da sn les autres. La longueur de cent coudées qu’il donne correspond probablement à la portée de la flèche, ainsi que l’indique Vitruve. Cette longueur n’était pas universellement admise, car Josèphe (Guerre des Juifs, v. 13) nous apprend qu’à Jérusalem les tours d’Agrippa étaient distantes de deux cents coudées, et nous lisons dans Appien qu’il en était de même à Carthage. C’est que, dans l’antiquité comme dans les temps modernes, il y avait en fortification deux écoles, l’une fondant l’espacement des flancs sur la portée des grosses machines, l’autre sur celle des armes de main. Philon, comme l’école française, n’admet que ce dernier flanquement ; on ne doit en effet compter que sur l’arme que l’on est assuré de posséder partout où l’on trouvera des soldats, et non sur des machines plus ou moins compliquées dont le service est relativement très lent et qui sont le plus souvent hors d’état d’agir au moment décisif. Dans ma traduction, je n’ai pas tenu compte du mot (terme grec) dont il m’a été impossible de deviner le sens dans le cas actuel).
En jetant, au-dessus, des voûtes ou des poutrelles on construira des corps de garde. On percera des poternes pour les sorties. Enfin, au milieu des courtines, on élèvera des tours massives pentagonales dans les lieux favorables (1).
(1) Ce sont nos demi-lunes modernes. Philon en fait déjà mention dans le §18 du présent chapitre.

Une enceinte ainsi construite se trouve donc munie d’un double mur et de plus protégée par des tours, de sorte qu’elle n’a à craindre aucun dommage sérieux. Les assiégés peuvent, en effet, facilement défoncer les masques que les mineurs appliquent contre les murs (termes grecs) et renverser les tours de charpente que l’ennemi peut amener (termes grecs), ainsi que les portiques qu’il conduit vers la place (termes grecs), en les frappants de côté avec des lithoboles et des béliers ; de plus ils tueront facilement les mineurs et les soldats qui s’abritent sous les machines. Il sera également aisé de jeter des nœuds coulants autour de la tête des béliers, de les saisir et de s’en rendre maître. Enfin, les assaillants présenteront toujours à l’ennemi un côté sans défense, tandis que les assiégés pourront effectuer leurs sorties et leurs retraites en n’exposant que le côté protégé par le bouclier. Tous ces avantages sont, du reste, communs aux autres tracés.

35. Il faut faire les avant-murs (terme grecs) de ces divers tracés très forts et les construire de ma même manière que les murs.

36. Quant aux autres ouvrages (terme grec) et aux palissadements (terme grec), on les construira comme nous l’avons dit plus haut.

37. Il y a un autre tracé qui est extrêmement simple et qui cependant présente une force suffisante ; c’est celui dans lequel on construit des courtines obliques et où les tours ont deux angles, l’in aigu et l’autre obtus, tous deux adjacents au mur (1).
(1) Phrases grecs….. Floriani, qui a écrit un traité d’attaque et de défense des places, imprimé à Venise en 1654, décrit (p. 96) un système semblable pour fortifier les camps : la figure suivante est extraite de son ouvrage. On y remarquera que les courtines sont bien obliques par rapport à la ligne à fortifier, et que les tours ont deux angles adjacents au mur, l’un aigu, l’autre obtus. Ce tracé n’est du reste autre chose qu’un tracé à crémaillère, qui s’emploie encore très fréquemment en fortification passagère, et dont on se sert, en fortification permanente, pour fortifier les longs côtés en ligne droite. (Voir §55 de ce chapitre).

Tracé à courtines obliques, d’après Floriani.

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Floriani donne 150 pas géométriques (de 5 pieds) à la ligne de défense, 7 ou 8 de flanc, de 7 à 12 pas de largeur au fossé suivant les lieux, et de 6 à 7 de profondeur. Il veut, en outre, qu’au-devant des flancs on approfondisse le fossé de façon à y former une coupure qui empêche l’ennemi donnant l’assaut de s’emparer en même temps de l’enceinte et des flancs qui la protège.
On pourra comparer à ce tracé celui de l’enceinte attribuée aux Lélèges, près d’Iassos, en Asie-Mineure, que l’on trouvera décrit dans le second volume de cet ouvrage. M. Texier, dans sa notice, ne sait comment expliquer l’origine de cette fortification placée dans un lieu où jamais il n’y eut de ville sur le rivage, et fermée seulement du côté de la terre. Le passage de Philon permet d’affirmer, à peu près à coup sûr, que c’était tout simplement un camp retranché destiné à protéger un débarquement).

En les construisant ainsi, elles peuvent se protéger les unes les autres contre l’attaque des engins. C’est aussi de cette manière qu’il faut se fortifier (termes grecs) dans les camps si l’on craint d’y être assiégé.

Dans les restaurations d’anciennes places (1), il faut construire des tours qui n’auront qu’un angle en saillie ; quant aux courtines, on les renforcera selon la méthode rhodienne.
(1) (Phrases en grec. On sait que la plupart des vieilles enceintes grecques n’ont point de tours : Pline attribue l’invention de ces dernières aux Tyrinthiens. D’après le colonel Prévost, Philon indiquerait qu’on doit construire en avant de ces vieilles enceintes, non point des tours ordinaires présentant un saillant à l’ennemi, mais de simples redans ou tours triangulaires dans le genre de celles que les Italiens employèrent au moyen âge sous le nom de puntoni (pointes). Je crois que M. Prévost s’est mépris sur le sens des mots (termes grecs), ainsi qu’on pourra sans convaincre en comparant cette phrase avec le §2 du présent chapitre. Philon a indiqué (§15) comment était construite l’enceinte de Rhodes.

Restauration des anciennes enceintes d’après Philon

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Les vieilles places dans l’antiquité comme au moyen âge, n’avaient qu’un simple mur qu’on renforçait par des contreforts extérieurs, réunis par des voûtes ou des planchers sur lesquels on établissait un chemin de ronde. Au dix-septième siècle, les murailles de Smolensk furent réparées de cette manière, et, de nos jours, on avait proposé d’organiser pour la défense, par une disposition analogue, l’ancien mur d’octroi de Paris.
Les anciennes tours carrées étaient munies sur la face extérieure d’un éperon massif ; dans le dessin ci-contre, les teintes en noires indiquent l’ancienne enceinte avant la restauration, et les hachures montrent les constructions nouvelles).

On fera surplomber les créneaux au moyen de trois assises, de façon à ce que les défenseurs puissent, du haut de ces avances, frapper ceux qui s’approchent de l’avant-mur ; les supports ainsi construits se brisent difficilement (1).

(1) Les mâchicoulis étaient-ils connus des anciens ? C’est là une question qu’il est assez difficile de résoudre, car on n’a d’autres textes y faisant allusion que ce paragraphe de Philon, qui n’est point très explicite, et un autre passage à peu près aussi vague des Stratégies de l’Anonyme de Constantinople (chap. XII, §3), où se trouve le mot (terme grec) qui se traduirait bien par mâchicoulis, mais qui ne se reproduit nulle part ailleurs. De plus, comme aucune des fortifications de l’antiquité ne nous est parvenue sans être découronnée, il est impossible de trancher directement la question.
Ce qui est certain, c’est qu’en Grèce, aussi bien qu’à Rome, en Egypte et en Asie, les tours et les courtines étaient habituellement munies de créneaux faisant saillie sur le parement ; les bas-reliefs de Ninive, les médailles tyriennes, les peintures égyptiennes et celles d’Herculanum en font foi. Il est de plus extrêmement probable que l’idée de percer des meurtrières plongeantes a dû venir aux anciens, qui étaient au moins aussi ingénieux que nous.
Au moyen âge, l’une des matières les plus habituelles d’établir les mâchicoulis consistait à faire reposer le mur formant parapet sur des corbeaux composés de trois longues pièces avançant l’une sur l’autre. (Cosseron de Villenoisy, Essai historique sur la fortification, p. 24). Les châteaux de Bonnaguille et de Pierrefonds, cités par M. Viollet-Le-Duc, en présentent des exemples. Suivant M. Promis (Mem. Stor., p. 253), chaque mâchicoulis était, au XIVe siècle, en Italie, carré et soutenu par deux modillons qu’il était de règle de composer de trois pierres l’une sur l’autre et saillant également pour prévenir tout accident pouvant résulter de pailles ou autres défauts des pierres).

En avant des tours carrées, on juxtaposera des tours triangulaires et équilatérales, afin que les projectiles des lithoboles, ricochant sur l’angle saillant qui est massif et suffisamment ouvert pour résister aux chocs, ne puissent renverser les tours ainsi protégées.

39. Il ne faut pas relier les tours aux courtines, car le poids des constructions n’étant pas le même dans les premières que dans les secondes [le tassement serait inégal], et il n’y aurait pas la même cohésion entre les parties supérieures et les parties inférieures (1) de la maçonnerie des tours et des courtines. (1) Lisez (termes grecs), Egger. Si ces ouvrages étaient joints, il résulterait des lézardes dans les remparts, et, s’il venait à arriver quelques dommages aux courtines, cela pourrait entraîner les murs des tours (2). (2) Lisez (termes grecs), Egger.

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