L'armée Française en AFGHANISTAN Génie au combat

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L'armée Française en AFGHANISTAN Génie au combat

Message par adrien le Dim 6 Nov 2016 - 4:06

Je viens de terminer la lecture de ce livre voici un CR de lecture. A acheter si on veut comprendre le Génie d'Aujourd'hui.


L'Armée Française en Afghanistan Le génie au combat 2001/2012. De Christophe Lafaye CNRS édition

J'ai lu ce livre que m'avait offert mon fils avec grand intérêt. C'est bien écrit, très complet, tout est référencé, un peu difficile à lire car les renvois pour précisions sont regroupés en fin de livre avec la désignation des sources qui sont méticuleusement citées. L'auteur décrit chronologiquement cette guerre, cite les unités engagés et l'origine des personnels spécialistes détachées dans les groupements interarmes, les tactiques appliquées en fonction des évolutions de la mission fixée par le CEMA. Les actions des sapeurs sont citées et décrites. Le volume engagé n'a jamais dépassé la compagnie du Génie, quelque fois renforcée par des spécialistes. Tous les régiments ont "donné". L’impression que j'ai eu en tant que sapeur,est qu'il a fallu un formidable effort de l'Arme pour étudier, définir les procédures afin de résoudre les problèmes que posait cette guerre de pièges, d'embuscades où chaque erreur était meurtrière. Des nouvelles techniques de déminage et de fouilles ont été mises au point, codifiés et enseignées à l'E A G. Et comme toujours le Génie ouvrant la route, les sapeurs pour rechercher et éliminer mines et pièges se trouvaient imbriqués dans les éléments de pointe et étaient aux premières loges en cas d'accrochage ce qui arrivait souvent. Donc la formation du sapeur au combats d'infanterie ne pouvait pas être négligée. Les travaux exécutes sont cités et les déficiences en matériels de terrassement également. Descriptions également des nouveaux véhicules et engins de déminage.L'auteur note que , surtout dans les dernières années, la formation et l'exercice des unités en partance s'étalait sur une période quelque fois aussi longue que devait durer le séjour. En effet les Bataillons Interarmes une fois sur le terrain devait être immédiatement opérationnel, il n'y avait pas de période d’acclimatation. En ce qui concerne l'arme du génie , que ce soit les officiers, les S/officiers et les sapeurs leur courage, leur efficacité et leurs technicité était , d'après l'auteur, reconnus par les interarmes. Les REG sont cités et commentés comme les autres unités du Génie. La main dessus et très bonne lecture.



adrien
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Une lecture passionnante.

Message par PEPESCH le Jeu 12 Jan 2017 - 8:39

Toutes les remarques d'Adrien ci-dessus, sont justes et j'y souscrit. Pour le béotien que je suis en la matière, ce livre est un excellent document pour comprendre le génie militaire contemporain et l'engagement français en Afghanistan. L'exposé est chronologique avec un rappel des événements et décisions qui conduisent à l'engagement français, puis les trois grandes phases des opérations Héraclès puis Pamir (2001-2007 stabilisation / 2008-2009 contre insurrection / 2009-2012 intensification et retrait). L'auteur nous livre des faits qui permettent de se faire une idée de la complexité de ce conflit où se superposaient des actions de différentes nature, les unes (américaines) sont purement militaires, avec des objectifs et tactiques de guerre, les autres (internationales sous mandat O.N.U.) sont tournées vers des objectifs plus politiques de stabilisation et de reconstruction avec une tactique de contre insurrection dite populo-centrée. On retrouve un certain nombre de constantes de l'histoire du génie : sous effectif chronique et capacité d'adaptation permanente pour répondre aux spécificités du théâtre d'opération. On peut noter toutefois une évolution progressive vers une meilleure intégration des capacités du génie dans la manœuvre interarmes tant au niveau de la préparation que des opérations. Le détail des effectifs engagés permet de constater que ceux ci sont toujours sous dimensionnés par rapport aux besoins. Les détachements sont d'une quarantaine de sapeurs lors des premiers mandats (lorsque la France n'engage qu'un seul bataillon) pour atteindre 70 à 100 par bataillon (lorsqu'elle engage une brigade à deux bataillons interarmes). Citation d'un officier : « On peut articuler comme on veut : deux sections à trois groupes ou trois sections à deux groupes, on ne dispose que de six groupes en tout pour appuyer 14 sections » (Page 228). Chaque chef génie répond à ce défi en cherchant à articuler de manière optimum les moyens disponibles, avec notamment une très grande décentralisation pouvant aller jusqu'au trinôme (contraire aux prescriptions de la doctrine d'emploi). L'adaptation aux spécificités du terrain amène la constitution d'équipes de démineurs spécialisés (E.O.D.), de Détachements d'Ouverture d'Itinéraires Piégés (D.O.I.P.), d'équipes spécialisées dans la fouille opérationnelle (F.O.S.) ainsi que de spécialistes des armements (W.I.T.). Cette adaptation s'accompagne d'un effort doctrinal important avec l'édition de documents inspirés par ceux de l'OTAN notamment pour le traitement des E.E.I. Les témoignages recueillis permettent aussi de se faire une idée de la perception de ces mesures par les troupes sur le terrain et des questionnements sur la plus ou moins grande pertinence de la spécialisation. Les sections de combat ne sont plus habilitées à traiter elles-mêmes les engins explosifs improvisés (E.E.I.), à mener des fouilles spécialisées (seulement complémentaires) et c'est parfois regrettable selon certains officiers. Cependant, cette organisation permettra un traitement du problème « à la française » où l'on préfère ne pas détruire (comme le font les américains) pour analyser les techniques de l'adversaire et s'y adapter. Cela permet aussi une lutte élargie visant non seulement le traitement des engins eux-mêmes mais aussi des filières de production et des organisations en réseaux des insurgés. Les techniques de combat des talibans sont aussi analysées et l'on peut constater que c'est un adversaire très coriace, capable de manœuvrer avec intelligence et qui lui aussi s'adapte en permanence, avec, par exemple, la fabrication d'E.E.I. invisibles pour les détecteurs magnétiques (bidons en plastique, engrais). D'une manière générale, le génie a été sollicité de manière très intense aussi bien dans la spécialité qu'en tant que « pion » tactique dans les combats et il a suscité l'admiration, y compris des forces spéciales. Citation d'un opérateur du 1er R.P.I.Ma.  : « Nous apercevons un étrange véhicule en train de traverser le village par la route principale […]. C'est l'arrivée du DOIP qui nettoie la route avant l'arrivée du convoi » « Le détachement se déplace au pas sur l'axe routier, de temps à autre, des gars débarquent pour vérifier les emplacements suspects […]. Autant dire qu'ils sont foutrement exposés aux EEI mais également aux tireurs embusqués […]. Nous comprenons ce qu'il font, c'est leur job mais nous admirons leur courage et leur professionnalisme. Ces mecs là ont vraiment des couilles et il sauvent un nombre incalculable de vies grâce à leur travail ». (Page 237-238). Les difficultés, les erreurs et parfois même les incohérences ne sont pas passées sous silence, elles apparaissent notamment lorsque l'autorité politique prend des décisions plus inspirées par des considérations de politique intérieure que d'efficacité militaire. La description des engagements rendue vivante par les témoignages des acteurs de terrain permet de se faire une idée de l'intensité des combats, notamment en 2011 où la France connaîtra ses plus lourdes pertes. A la fin de l'ouvrage l'auteur pose des questions pertinentes sur toutes ces évolutions vers la spécialisation qui induisent une séparation entre technique et tactique dans le domaine infrastructure notamment. Ma seule réserve concerne les cartes : Je ne sais si c'est seulement mon exemplaire qui est concerné mais les cartes reproduites sont quasiment illisibles. Rappelons pour mémoire que 89 militaires français sont tombés là bas, dont 15 sapeurs.
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