1809 FRANCHISSEMENT DU DANUBE « ILE DE LOBAU »

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1809 FRANCHISSEMENT DU DANUBE « ILE DE LOBAU »

Message par MJR le Sam 2 Avr 2011 - 9:35

Description du site de franchissement

Devant Vienne et en aval, le Danube forme de nombreux bras. Il est par la suite plus large, mais moins profond et moins rapide qu’en amont et vers Presburg, où il encaisse à nouveau. Dans le voisinage de Vienne, deux îles sont suffisamment grandes pour permettre la concentration d’une armée : ce sont celle de Schwartzenlaken en amont et de Lobau à 2 lieues en aval.

Napoléon aurait voulu se servir des deux à la fois mais une tentative effectuée sur la première échoua. Le général Saint-Hilaire avait en effet envoyé, avant d’avoir pu faire une reconnaissance, 500 hommes de sa division occuper l’île. Mais celle-ci était reliée à la rive gauche par une jetée que l’ennemi utilisa pour anéantir notre détachement. Cet échec eut au moins l’avantage de détourner l’attention de l’ennemi de l’île de Lobau.

Nature et caractéristiques de la Brèche

L’île Lobau est en partie boisée et présente un rideau d’arbres qui la protège de la rive gauche. Cette île occupée, il ne reste plus qu’un bras de 60 toises (100 m environ) à franchir. Mais, pour arriver dans l’île, il faut traverser deux bras du Danube, l’un de près de 500 m, l’autre de 200, séparés l’un de l’autre par un banc de sable. On pouvait espérer, après avoir occupé l’île par moyens discontinus, la réunir à la rive droite par un pont.

Circonstances tactiques

L’opération n’était pas simple : il fallait faire traverser un fleuve large d’un kilomètre à 150 000 hommes et 600 bouches à feu en face d’un ennemi fort de 90 000 hommes, en ayant derrière soi une ville hostile. Napoléon l’exprimera lui-même : « Le passage d’une rivière comme le Danube, devant un ennemi connaissant parfaitement les localités et ayant les habitants pour lui, est une des plus grandes opérations de guerre qui puisse se concevoir ».

Situation des troupes françaises

Le 18 mai 1809, Napoléon entre à Vienne, 33 jours après le début des hostilités. L’Empereur souhaite traverser le Danube pour détruire la plus importante des armées autrichiennes, celles-ci, celle de l’archiduc Charles, avant qu’elle se soit renforcée.

Situation des troupes autrichiennes

Les Autrichiens demeurent en campagne et occupent l’autre rive. Ils connaissent parfaitement les localités et bénéficient du soutien de la population. Ils attendent des renforts.

Reconnaissances

Dès le 15 mai 1809, l’Empereur ordonna à son sapeur le général Bertrand, et à son pontonnier, le général Pernetti, d’entamer les reconnaissances entre Klosternburg et Presburg. Il désirait en effet que le point de passage fût choisi aussi près que possible de Vienne, sinon la capitale eût appelé à l’instant l’archiduc.

Matériels de pontage

Les troupes françaises ne disposait que d’un équipage de pont autrichien saisi à Landshut. Il fallait donc se procurer le matériel nécessaire pour réaliser l’ensemble des ouvrages projetés.
Napoléon charge Bertrand et Pernetti de cette mission. Il met en outre à la disposition du Génie, les ouvriers de la Marine. En se retirant, les Autrichiens avaient coulés les bateaux ; les marins renflouent en grand nombre et on arrive à se procurer un peu plus de 80 embarcations pour construire le grand pont, mais la réserve de matériel était faible.
Comme les ressources locales fournissent tout le bois nécessaire, le seul problème à résoudre était celui de l’amarrage. On récupère dans Vienne un assez grand nombre de cordages, mais les ancres faisaient défaut. Il est alors décidé que l’on utiliserait comme moyens d’ancrage des canons et des caisses de boulets récupérés à l’arsenal de Vienne. Cela aurait pu à la rigueur suffire si le Danube n’avait pas été en crue pendant la traversée.

Caractéristiques du pont

Le général comte Bertrand a fait construire en 15 jours, sur une longueur de 400 toises et sur un fleuve le plus rapide du monde, un pont formé de soixante arches sur lequel trois voitures peuvent passer de front. « Il n’existe plus de Danube pour l’armée française » disait Napoléon dans le 24e bulletin de l’armée d’Allemagne (3 juillet 1809). .

Un second pont de pilots a été construit, mais pour l’infanterie seulement et de la largeur de 8 pieds. Après ces deux ponts, un pont de bateaux. Nous pouvons donc passer sur le Danube en trois colonnes. Quand on voit ces immenses travaux, on croit qu’on a employé plusieurs années à les exécuter ; ils sont cependant l’ouvrage de quinze à vingt jours…. Les ouvrages sur le Danube sont les plus beaux ouvrages de campagne qui aient jamais été construits ».

Construction des ponts

Le 16 et 17 mai 1809, on fait descendre le matériel par voie d’eau jusqu’à Ebersdorf, en face de l’île Lobau.
Le 18 mai 1809, le franchissement commence par la traversée en barques de la division Molitor. Celle-ci n’occupe que la partie Sud de l’île pour ne pas donner l’éveil à l’ennemi et s’installe le long d’un bras mort qui, en temps normal, était facile à traverser à gué.
Pendant ce temps, Pernetti commence à lancer le grand pont. Le Danube entrant en crue, l’ancrage présente des difficultés.
Cependant, le 20 mai 1809, le pont était bouclé. Les sapeurs se hâtent de jeter un pont de chevalets sur le bras mort, et deux divisions d’infanterie et une de cavalerie occupent la moitié de l’île.
Il ne restait plus qu’à traverser le bras de 60 toises. Molitor signale que le point le plus favorable pour cela est un rentrant situé à l’Est de l’île, qui permet d’écraser sous le feu de notre artillerie les défenseurs de la boucle d’Aspern.
Napoléon accepte la proposition et le lieutenant-colonel Aubry reçoit la mission de lancer le pont d’équipage ; 200 voltigeurs traversent en barques, sautent sur la rive adverse, lancent la cinquenelle à laquelle le pont doit être amarré ; 15 bateaux suffisent pour boucler l’ouvrage qui est achevé en trois heures, après le début des travaux.
Lassale avec ses cavaliers, suivi des divisions de Molitor et Boudet, l’empruntent. Les deux villages d’Aspern et d’Essling sont rapidement saisis et Lassale part au galop explorer la plaine du Marchfeld.

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Tout semblait marcher à souhait quand, dès l’après-midi du 20 mai 1809, le grand pont est rompu par la crue qui atteignait déjà 1 m ; les ancrages improvisés se montraient insuffisants. Bertrand et Pernetti le rétablissent au cours de la nuit.

Le pont se rompt encore à deux reprises dans la journée du 21 mai 1809. La crue qui ne cesse de monter atteint 4 mètres. Le courant entraîne des troncs d’arbres dans l’ouvrage, sur lequel dérivent en plus des engins ennemis que l’Empereur nomme « moulins enflammés », en réalité des bateaux bourrés de 1 250 livres de poudre dont la mise à feu était obtenue par le rabattement de leur mât au contact de la travure. Sans répit, sapeurs et pontonniers travaillent à réparer les avaries.

Le pont toutefois peut encore être réparé le 22 mai 1809 à la pointe du jour. Nous pouvons alors opposer 60 000 hommes aux 90 000 Autrichiens. Plein de confiance, Napoléon lance Lannes à l’attaque décisive. Alors que l’on vient rendre compte à l’Empereur que la victoire semble acquise, celui-ci reste sombre ; c’est qu’il vient d’apprendre que le grand pont est définitivement hors d’usage. Il ordonne le replie sur l’île de Lobau, repli qui est endeuillé par la mort de Lannes. Malgré toutes les objections de ses subordonnés, Napoléon décide de conserver l’île pour les opérations futures.

Instruit par les déboires qu’un franchissement improvisé lui a causés, l’Empereur fait désormais preuve d’une ingéniosité, d’une méthode et d’une activité dans la préparation du nouveau franchissement, telles que sa réussite était assurée et qu’elle devait nous valoir la belle victoire de Wagram. Cette préparation peut encore être citée comme un modèle.

Il s’agissait d’abord de ravitailler l’île où Masséna restait avec 40 000 hommes. Sapeurs, pontonniers et marins se dévouent à obtenir ce résultat par moyens discontinus.

Enfin, le 25 mai 1809, le pont de bateaux est rétabli. Mais il ne suffit pas de recoudre, il faut bâtir. Tout d’abord, l’Empereur se procure une nombreuse main-d’œuvre locale pour rassembler les matériaux.

L’expérience lui a aussi prouvé que l’on ne peut pas se fier entièrement aux ponts de bateaux mais lui, qui aime tant l’histoire, se souvient que César a fait construire un pont de pilot sur le Rhin. Il ordonne à Bertrand d’en construire un de 700 mètres sur le Danube. Travail considérable, il fait établir en amont une estacade pour arrêter les corps flottants, les engins lancés par l’ennemi. Ayant remarqué que l’estacade laissait encore passer des corps flottants, il ordonna aux marins d’établir en amont une surveillance chargée de signaler et de détourner les corps flottants se dirigeant vers les ouvrages d’art. C’est ainsi tout le système de protection, encore en vigueur aujourd’hui, qui fut alors organisé.

Pour traverser le bras de 60 toises, il ne montre pas moins d’ingéniosité. L’utilisation de l’ancien point de passage offrait beaucoup d’inconvénients. L’ennemi avait fortifié la boucle et l’avait truffée de batteries pour répondre à notre artillerie. Aussi l’Empereur décida d’utiliser désormais la ligne droite que le petit bras forme à l’Est de l’île avant de se jeter dans le grand bras.

Toutefois, pour donner le change, il multiplia les travaux face à l’ancien point de passage. Il désirait pour l’attaque principale, faire déboucher ses forces en masse entre le village d’Enzendorf et le confluent. Le but recherché était de jeter en quelques minutes plusieurs milliers d’hommes sur la rive gauche, 50 000 dans les deux heures et 150 000 quatre heures après le début du franchissement.

Pour remplir le premier but, il fait construire des bateaux de débarquement qui, comme les engins modernes, possédaient un mantelet servant de bouclier pendant la traversée et de rampe de débarquement à l’atterrissage. Cinq de ces bateaux ayant chacun une contenance de 300 hommes, sont affectés à chaque corps d’armée. Ainsi la première vague, protégée par les vedettes de la Marine, devait comprendre 4 500 hommes. Aussitôt arrivés sur la rive gauche, les hommes devaient amarrer une cinquenelle qui permettait de transformer l’embarcation en traille.

Pour accélérer le passage, il décide que l’on lancerait quatre ponts, un par corps d’armée, plus un commun aux corps de Davout et de Masséna. Il décide d’expérimenter, pour l’un d’eux, le lancement par conversion et charge le commandant du Génie Dessales de cette opération. Ce pont, construit d’un seul bloc, devait se redresser sur ses ancres par l’action du courant. Mais il fallait éviter de le construire aux vues de l’ennemi. L’ouvrage, long de 84 toises, est construit entre l’île Lobau et la petite île Alexandre, située entre la grande île et la rive gauche. Mais, comme le chenal était courbe, il faut l’articuler pour en permettre la descente. En outre, des ponts fixes sont établis, non seulement sur le bras qui traverse l’île Lobau, mais aussi entre cette île et les petites îles qui, comme l’île Alexandre, se trouvent au milieu du petit bras. Ces petites iles sont bourrées d’artillerie pour couvrir la traversée. Enfin l’échec d’Essling avait montré la nécessité de posséder une grande réserve de matériel. Celle qui est constituée doublait la mise initiale.

Le 1er juillet 1809, tout était prêt. Napoléon n’avait qu’une crainte, c’était que l’archiduc se dérobe. Aussi ordonne-t-il à la division Legrand de franchir à l’ancien point de passage. Le capitaine du Génie Bailot lança le pont en moins de deux heures et Legrand put reconnaître que l’ennemi, toujours en place, n’avait fortifié que les villages d’Aspern, d’Essling et d’Enzendorf, se contentant de bâtir une seule redoute face à la ligne droite, celle de la Maison Blanche. La seule réaction de l’archiduc Charles est une contre-préparation d’artillerie déclenchée pendant la journée du 3 juillet 1809, qui n’a eut que peu d’effets.

Le 4 juillet 1809 à la chute du jour, les troupes occupent leurs bases de départ : le corps d’armée Masséna face à Enzendorf ; le corps d’armée Davoust face à la Maison Blanche ; le corps d’armée Oudinot face au bois du confluent. La flottille chargée de la protection s’embosse près de ce confluent.

A 9 heures du soir, Oudinot commence son passage et s’empare de la Maison Blanche. Son pont est bouclé en deux heures par le commandant Larue. Aussitôt, à 11 heures du soir, Masséna se met en mouvement ; le commandant Dessales lance en vingt minutes le pont par conversion. Enfin, un pont de pontons est lancé en deux heures et demie et un pont de radeaux en cinq heures, qu’empruntent Davoust et Masséna. Tous les réduits et les pièces de la flottille ouvrent le feu.

Le passage se termine avec un plein succès, à la pointe du jour, le 5 juillet 1809.

Sources

Collectif d’auteurs : Manuel du gradé du génie (partie militaire) : Charles-Lavauzelle & Cie, Paris, Limoges et Nancy, édition de 1927.

La Fédération nationale des Anciens Sapeurs : L’Armée française : Le Génie, Editions GR, 1960.

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Re: 1809 FRANCHISSEMENT DU DANUBE « ILE DE LOBAU »

Message par Admin le Sam 2 Avr 2011 - 10:40

Merci Richard pour ce récit fort intéressant qui t'a certainement pris pas mal de temps à mettre en page!
bien

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