1795-09-00 Rhin : Franchissement de l'armée de Sambre et Meuse à Neuwied, Dusseldorf et Cologne

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1795-09-00 Rhin : Franchissement de l'armée de Sambre et Meuse à Neuwied, Dusseldorf et Cologne

Message par MJR le Dim 19 Aoû 2012 - 7:02

1795 FRANCHISSEMENT DU RHIN » PAR L’ARMEE DE SAMBRE ET MEUSE


Situation tactique


Dans les premiers jours de septembre 1795 (an III), l’armée de Sambre et Meuse, commandée par Jourdan, passe le Rhin à Dusseldorf, à Eichelkamp, à Urdingen et à Neuwied.

Le général Jourdan, en attendant l’équipage de pont qu’il faisait venir de la Hollande, fit préparer deux attaques : l’une devait avoir lieu à Urdingen, l’autre à Weissenthurn. Cette dernière n’était qu’une fausse attaque, destinée à forcer l’ennemi de diviser ses moyens.


Les points de franchissement de Weissenthurn et d’Urdingen


Aux environs d’Urdingen, le Rhin forme un coude assez prononcé, sur les côtés duquel on peut établir des batteries dont les feux croisés éloignent l’ennemi de la rive opposée. Une île située au-dessous de la ville offre un emplacement commode pour cacher les bateaux et les préparatifs du passage.

Le village de Weissenthurn, en face de Neuwied, domine la rive droite du Rhin : l’ile située au bas de ce village présente les mêmes avantages que celle d’Urdingen.


La préparation des opérations de franchissement


Le général du génie Dejean fut chargé de réunir tout ce qui était nécessaire pour le passage d’Urdingen ; le capitaine d’artillerie Tirlet (lieutenant—général et inspecteur de l’artillerie en 1820) devait rassembler les bateaux dont on avait besoin pour l’attaque de Weissenthurn.

Vingt officiers, que le capitaine Tirlet désigna dans différents corps, vinrent le seconder dans les travaux ; et bientôt six compagnies furent organisées pour le service des ponts.

A peine formées, elles parcoururent par détachements les bords de la Moselle jusqu’à Trèves.

Les bateaux, bois, cordages, etc., trouvés sur cette rivière, furent réunis au dépôt central établi à Winingen, village situé sur la rive gauche de la Moselle, à deux lieues de Coblence. Les forêts voisines fournirent des sapins que les ouvriers du pays et ceux pris dans les corps débitèrent en poutrelles et madriers.

Il n’était pas prudent de descendre l’équipage de pont organisé à Winingen ; il aurait eu à essuyer le feu du fort d’Ehrenbreitstein et des batteries dont l’ennemi avait garni les hauteurs de la rive droite. On le transporta d’abord à Koetig, village dans les terres à une lieue de Weissenthurn. Des bateaux de cinquante à soixante pieds furent conduits sur des haquets à bateau d’artillerie.

Le capitaine Tirlet mit tant de zèle et d’activité à créer les moyens de passage, qu’en moins d’un mois tout était préparé.

Les travaux considérables élevés par les Autrichiens dans la plaine de Neuwied forcèrent de renoncer à l’attaque vis-à-vis de Weisenthurn ; mais Jourdan résolut de s’emparer de l’ile de Neuwied, pour inquiéter l’ennemi sur ce point.


Opérations de franchissement de Neuwied


Dans la nuit du 1er septembre 1795, on y jeta, avec des nacelles, douze cents grenadiers. Ils s’en emparèrent, sans avoir couru aucun danger et parvinrent à s’y maintenir, malgré les feux de mousqueterie et d’artillerie que les Autrichiens dirigèrent sur l’île aussitôt qu’ils s’aperçurent qu’elle était occupée par les Français.

Pour établir une communication facile avec l’île de Neuwied, le capitaine Tirlet fit construire à Moselwess deux ponts volants que l’on descendit dans le Rhin. On employa l’artifice suivant pour engager l’ennemi à les laisser passer tranquillement.

On forma sur deux bateaux du pays une espèce de pont volant, sur lequel on plaça des mannequins dans des attitudes propres à laisser croire que c’étaient des bateliers qui le dirigeait. Des pontonniers, bons nageurs, l’amenèrent dans le Rhin. Il déboucha dans ce fleuve à la pointe du jour, voguant sous le feu du fort Ehrenbreitstein et de toutes les batteries de la rive droite.

Dès que les pontonniers eurent mis el faux pont volant dans le Thalweg, ils regagnèrent la rive à la nage. Bientôt après, il changea de direction en se rapprochant de la rive droite, et alla enfin s’échouer sur cette rive.

La nuit suivante, on descendit les deux ponts volants. Ils portaient chacun quatre bateliers du pays, huit pontonniers et douze grenadiers. La ruse de guerre employée la veille n’en imposa point à l’ennemi, qui, au hasard de tirer encore sur des mannequins, fit un feu terrible d’artillerie sur les ponts volants. Dès le commencement du trajet, un bateau reçoit deux boulets dans le flanc, au-dessous de l’eau ; une potence est fracassée, et plusieurs hommes sont tués ou blessés. Les bateliers bourgeois, intimidés, se sauvent à la nage ; les pontonniers dirigent avec sans froid les ponts volants les ponts volants, et les grenadiers répondent au feu de l’ennemi.

Pour éviter que les ponts volants ne s’éloignassent de la rive gauche, on avait eu l’attention de placer sur cette rive des détachements de pontonniers qui tenaient des lignes amarrées à ces ponts. Plusieurs fois elles furent coupées par les boulets et la mitraille, ce qui mit un pont volant, dont les gouvernails étaient brisés, en danger d’être pris par l’ennemi.

Un pontonnier dont le nom mérite d’être cité, Mourgue, se ceint le corps avec le bout d’une ligne, se jette à la nage, et malgré la grande rapidité du fleuve, il arrive au pont volant. Deux fois encore Mourgues répète ce trait de bravoure, qui lui méritera peu après une récompense des plushonorable (Un négociant en vin de Bordeaux offrit en don patriotique une somme de 25 000 francs pour le soldat de l’armée de Sambre-et-Meuse qui avait fait la plus belle action. Mourgue l’emporta sur le grand nombre des braves qui pouvaient lui disputer cette récompense. Il la reçut des mains du général en chef, en présence de l’armée rassemblée. Le général le fit placer à sa droite lorsque l’armée défila : il eut le même honneur dans le repas donné à cette occasion).


Franchissement du Rhin à Dusseldorf


Dusseldorf : préparation du franchissement


Jourdan ayant résolu de passer le Rhin au-dessus de Dusseldorf, pour s’emparer de cette place, le capitaine Tirlet fit transporter sur l’Erfft quarante-sept bateaux, pouvant contenir neuf-cents hommes. Les autres moyens de passage consistaient en trente-quatre bateaux, amenés de la Meuse dans le Rhin et cachés derrière l’île d’Urdingen, pouvant porter neuf-cents hommes.

L’équipage de pont venu de la Hollande était à Essemberg, prêt à être remonté jusqu’à Urdingen, aussitôt que l’on aurait chassé l’ennemi de la rive droite du Rhin.

Pour mieux assurer le succès de cette opération, on jugea à propos de se procurer un plus grand nombre de bateaux. Un officier fut envoyé sur la Ruhr pour en obtenir des Prussiens, qui les louèrent moyennant une somme considérable. Ces bateaux, au nombre de trente, pouvant transporter trois-milles hommes, descendirent de la Ruhr dans le Rhin : on les conduisit à Essemberg.

On manquait de pontonniers pour diriger ces bateaux à la rame, et la prudence s’opposait à ce que l’on prit les hommes du pays, qui auraient pu trahir le secret de l’opération. Une demi-brigade d’infanterie, exercée pendant quelques jours au maniement de la rame, fut chargée de ce soin.

Les passages du Rhin étaient protégés par des batteries nombreuses, établies depuis Urdingen jusque vis-à-vis d’Angerort, et par d’autres construites dans l’île d’Urdingen et en face de Dusseldorf.


Les opérations de franchissement de Dusseldorf et de Cologne


Le général Championnet, chargé de l’attaque de Dusseldorf, fait déboucher sa flottille de l’Erfft dans le Rhin. Il s’aperçoit qu’un long banc de sable, couvert de quelques pouces d’eau, s’oppose à ce que les bateaux puissent aborder la rive ennemie, ce qui l’oblige à remonter jusque près de Grimlingshausen, à deux lieues de l’embouchure de l’Erfft.

Dans la nuit du 4 au 5 septembre 1795, il fait amener sur le rivage l’artillerie destinée à protéger le débarquement. A onze heures du soir, quatorze compagnies de grenadiers s’embarquent. Championnet prononce la peine de mort contre tout soldat qui fera du feu durant le passage. Le clair de lune permettait à l’ennemi de voir les mouvements des Français. A peine les bateaux ont-ils quitté la rive que l’ennemi dirige sur la flottille le feu de ses batteries. Plusieurs bateaux sont emportés par le courant, d’autres s’engloutissent. Enfin, quelques bateaux touchent la rive occupée par les Autrichiens : les grenadiers débarquent ; le général Legrand, à leur tête, attaque, enfonce et culbute l’ennemi. Les bateaux repassent sur la rive gauche et font de nouveaux débarquements.

Le 6 septembre 1795, à une heure du matin, trois mille hommes de la division du général Lefebvre montent dans les bateaux et débarquent à Eichelkamp.

Les bateaux, en revenant pour chercher de nouvelles troupes, dérivèrent beaucoup, et l’on perdit un temps précieux à les remonter jusqu’au point d’embarquement. A trois heures du matin, dix mille hommes d’infanterie et trois pièces d’artillerie légère avaient été jetées sur la rive droite.

Neuf cents hommes de la division du général Grenier s’embarquèrent derrière l’île d’Urdingen ; mais, arrivés au milieu du fleuve, les bateaux s’engravèrent, et ce ne fut qu’avec des peines inouis que l’on parvint à les remettre à flot, et à les ramener derrière l’île d’Urdingen. Le passage à ce point fut donc différé jusqu’au jour.

Le général Dejean s’occupa de la construction du pont qu’il était chargé de tendre devant Urdingen. In ne fut terminé que le 7 septembre 1795 au matin, et servit au passage de l’artillerie, de la cavalerie et des équipages de l’armée.

Quelques jours après, deux nouveaux ponts furent construits sur le Rhin ; l’un au-dessus de Dusseldorf, vis-à-vis de Hamm, l’autre à Cologne.


Les opérations de franchissement de Neuwied


L’ennemi s’étant éloigné de Neuwied, le capitaine Tirlet fit jeter rapidement un pont de bateaux, sur lequel passa l’aile droite de l’armée.

Après passage de l’armée, le commandant des pontonniers s’occupait sans relâche à augmenter ses moyens de communication. Il forma sur la Moselle plusieurs chantiers, dans lesquels on construisit des bateaux d’artillerie.

L’ennemi, resté maître du fort d’Ehrenbreitstein, lançait contre le pont de Neuwied des bateaux, des arbres avec leurs racines et des machines infernales. Ces machines étaient de grands bateaux, chargés de caisses remplies de bombes, d’obus et de grandes. Ul petit mât devait, en rencontrant le pont, faire détendre une platine de fusil, dont le feu se communiquerait aux caisses.

Pour garantir le pont du choc de ces corps flottants, on construisit une estacade composée de longs sapins unis par des ferrures ; des bateaux à l’ancre la soutenaient contre le courant. Cette estacade ne fut pas d’un grand secours : les bateaux passaient au-dessus et l’on ne dégageait que très difficilement les arbres qu’elle arrêtait.

On suppléa à son insuffisance en plaçant des bateaux à l’ancre en amont des ponts : chacun d’eux avait une nacelle armée de grappins et de cordages, au moyen de laquelle on courait sur les corps flottants, que l’on conduisait sur la rive, ou que l’on retenait contre le courant avec des grappins.

Les bateaux construits dans les chantiers dont on a parlé, servirent à établir un second pont, à environ quatre-cents toises en amont du premier, pour faciliter la retraite de l’aile droite de l’armée.

Une imprudence causa la destruction qui se trouvait sur la Sieg, au moment où il jugerait que le gros du corps d’armée aurait passé les ponts de Neuwied. Cet ordre fut exécuté avec trop de précipitation : les bateaux enflammés arrivèrent sur le premier pont, l’entraînèrent sur le second, et tous les deux, en partie brûlés et submergés, furent emportés jusqu’à deux ou trois lieues de Neuwied.

Le péril des troupes restées sur la rive droite redoubla le zèle des pontonniers. Un pont volant est de suite établi ; les débris des ponts sont remontés, et en moins de trente heures un nouveau pont permet d’achever la retraite.


Source


Alexandre Frédéric Drieu : Le guide du pontonnier. Mémoire sur les ponts militaires contenant les passages de rivières les plus remarquables exécutés jusqu’à nos jours, et des principes de l’art du Pontonnier ; 1820.

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Message par Admin le Dim 19 Aoû 2012 - 8:16

un grand merci à toi Richard pour ce travail de réécriture et de partage! bien qui devrait intéresser les passionnés d'histoire!

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Re: 1795-09-00 Rhin : Franchissement de l'armée de Sambre et Meuse à Neuwied, Dusseldorf et Cologne

Message par Le Bègue le Dim 19 Aoû 2012 - 19:09

Bonjour à tous,
Bonjour Richard,

Ah... Drieu... Que voilà un capitaine du Génie qui a oeuvré pour le franchissement.
Un tantinet aigri parce que son modèle de pont flottant (pour remplacer le modèle Gribeauval) inspiré du pont autrichien Biragot n'a pas été retenu...

Caziot aussi à lire. Son histoire des pontonniers est très riche. Et c'est rien de le dire !

Merci à toi pour ces lignes.

Cordialement,
Bernard.

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