Sueurs froides...

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Sueurs froides...

Message par carrere le Jeu 8 Nov 2012 - 8:55

Bonjour à tous,
Dans la lignée du naufrage de LARC et des "erreurs" de chargements, je vous propose un peu de lecture.
Une anecdote lors d'un entrainement sur le Rhin ou j'ai commis une erreur, sans conséquence heureusement, et que j'assume.
Pas de photos, 2 petits croquis pour éclairer mes propos. Cela fait déja 30 ans...


Sueurs froides…

Speyer, 10° RG, section pont 4 années 80. J’occupais à cette époque le poste d’adjoint au chef de section.

Le régiment était jumelé avec le bataillon américain basé à Karlsruhe et il était fréquent que les 2 unités manœuvrent ensemble.

Ce jour là, l’entrainement se déroulait à Otterstadt, plus précisément sur le Rhin vif. Une section US avec des MAB (4+2) et une section FR (4+2) s’entrainaient chacune sur un point équipé de cales de mise à l’eau. La section US en amont et ma section en aval, nous étions à vue.
Avec les américains les entrainements étaient toujours spectaculaires, ils envoyaient des moyens et du lourd…

Il était fréquent que les jeunes lieutenants, chefs de section, confiaient la manœuvre de la portière à leur adjoint. C’était le cas.

Une grande partie de la journée avait donc été consacrée à charger et a faire franchir de cales en cales les très nombreux moyens US, histoire de s’entrainer correctement.
Une petite compétition s’était instaurée naturellement entre les 2 portières.
Petite anecdote au passage, les américains n’utilisaient pas la méthode dite de « donner à passer » pour franchir le fleuve. Ils restaient perpendiculaires au courant et poussaient en latéral pour se déplacer. Méthode moins rapide mais en pratique dans le génie US.
Donc ce jour là on leur en a mis plein la vue…si j’ose dire…

Mon lieutenant était resté sur la rive départ et il assurait la liaison avec les unités américaines pour nous envoyer les moyens allotis, correspondants au chargement type. Que des beaux chargements : M60, M113, camions et VL US bien sûr…

Fin de journée, j’avais arrêté de compter les norias, les équipages commençaient à montrer des signes de fatigue et moi aussi.
Un camion de dépannage et une jeep US se présentaient sur la cale, dernier reliquat, dernière noria avant de replier, ouf…
Chargement facile, la jeep, le camion, le tout répartit sur nos 32 mètres. Les poseurs de rampes avaient remis les moteurs en marche et se préparaient déjà pour la reprise.

Le camion était embarqué et à ce moment là, un M60 se présentait tout seul sur la zone d’embarquement. Certainement un engin qui avait eu des PB d’où son isolement et son retard.

Fatigue, un peu marre et pas envie de décharger le camion pour caler le char au centre ni de faire encore une traversée, je charge l’infortuné tank en dernier. Sachant que mon chargement ne serait pas équilibré et pour cause, je minimise les risques en resserrant au maximum le char sur le camion.
Normalement, ce déséquilibre ne devait pas avoir de conséquence.

Une fois le char embarqué, l’engin porteur ne flottait plus. Sa coque reposait sur la cale du fait du poids du bestiau, pour quelques centimètres surement.
Cette fois seulement j’avais accosté trop près de la rive et la coque du porteur était passé au dessus de la cale, mais ca je ne m’en étais rendu compte qu’après.

Manœuvre habituelle pour repartir, les propulseurs d’extrémité coupés, les deux centraux en latéral à fond vers le large. Le courant aidant en poussant l’extrémité de la portière vers l’aval permettait l’inclinaison suffisante pour décoller la rampe de la cale, d’éloigner suffisamment la portière de la rive et de remettre les 4 propulseurs en pleine puissance en marche avant afin de donner à passer et de franchir les 320 mètres du Rhin en quelques minutes. Manœuvre mainte et mainte fois répétée dans la journée.

Et là, rien qui bougeait, ma portière restait clouée à la rive…J’insistais, un coup dans un sens, un coup dans l’autre, la rampe commençait à s’éloigner centimètres par centimètres, ca allait le faire…Et ca l’avait fait.

Dans un fracas de tôles embouties, l’engin porteur venait de reprendre sa flottaison en « chutant » dans le lit du fleuve. La forte pression de l’eau due au poids du M60 avait soulevé le flotteur latéral droit qui s’était retrouvé bloqué sous la travure en flambant toutes les consoles.

Ce n’était pas le pire…

Partis nous l’étions, en plein courant (1,20m à 1,30 m/seconde), avec une portière qui s’inclinait dangereusement mais déjà à moitié chemin, inutile de faire demi tour cela aurait été une perte de temps L’eau montait jusqu’au niveau du pont de l’engin porteur et commençait à pénétrer dans la salle des machines par la trappe d’accès. L’alarme d’entrée d’eau de l’engin porteur s’était mise en marche presque aussitôt. Un coup d’œil rapide dans la salle des machines et là stupeur, le bouillonnement impressionnant de l’eau qui pénétrait dans l’engin me glaça le sang. L’eau atteignait déjà les longerons du moteur. En effet, en ripant, la coque de l’engin porteur s’était accrochée dans les palplanches qui retenaient les fondations de la cale et ils avaient ouvert une fissure de plus d’un mètre de long dans la coque de l’engin.

Ordres très simples, compris par tout le monde, amener des pompes de cale des autres engins et arriver en face le plus vite possible, rien d’autre à faire... 2 pompes de cale supplémentaires étaient arrivées dans les secondes pour tenter de maintenir un semblant de flottaison…

Plus un mot, pas un cri, seuls les bruits des moteurs à pleine puissance et l’alarme d’entrée d’eau. Longues secondes… et enfin la délivrance par l’accostage sur la cale arrivée comme par enchantement, merci les pilotes…
Je n’avais jamais vu débarquer du matériel aussi vite…Une fois sur la rive nos amis d’infortune étaient tout contents de leur frayeur, après coup…

Tout cela s’était passé en quelques minutes seulement, mais elles avaient paru bien longues.
Sauvés nous l’étions, fier je ne l’étais pas.
La suite, très simple. Reprise de la rampe pour soulager l’engin en perdition. Retour rive départ. Arrimage de l’engin malade, « désaccouplement » de l’ensemble et sorties d’eau.

Les dégâts matériels furent assez importants. Toutes les consoles d’un côté à changer, un « long » cordon de soudure sur la coque au 3° échelon (atelier de réparation) et l’engin comme neuf…
Une « petite »remontée de cales bien sûr, mais sans plus….j’avais assumé mes décisions.

Le centrage du « lourd » est en effet la règle sur un support flottant. Dans ce cas précis, si mon porteur avait été en flottaison, il n’y aurait pas eu de problème, seul un déséquilibre acceptable de la portière sans engendrer de risque. Mes erreurs ont été d’être monté trop haut sur la cale avec la portière et de ne pas avoir observé l’enfoncement de l’engin porteur au chargement du char, cela m’aurait mis la puce à l’oreille…

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Désolé pour les termes techniques.
Cordialement

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Daniel CARRERE
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Re: Sueurs froides...

Message par Admin le Jeu 8 Nov 2012 - 9:19

Voila un beau récit d'une aventure qui s'est bien terminée!

En plus nous avons découvert des talents de dessinateur Very Happy , je pense que des frayeurs dans ce genre, certains d'entre nous en ont certainement vécues!

Merci d"avoir pris le temps d'écrire et de dessiner cette aventure.

J'en ai encore une à raconter, je le ferrais bientôt.

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François [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
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Re: Sueurs froides...

Message par Gillois75 le Jeu 8 Nov 2012 - 23:52

Oui un beau récit, je pense que tout le monde un jour ou l'autre fait des erreurs !
et puis tout s'est bien terminé !

bonne journée
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Re: Sueurs froides...

Message par Voirin Denis le Sam 17 Aoû 2013 - 12:37

Alors mon cher Daniel, tu ne me l'avais pas raconté celle-là....
Amicalement

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